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Comprendre la Corse · Culture

La langue corse : origines, statut, locuteurs, enseignement

La langue corse expliquée : origines romanes, variétés du nord et du sud, statut juridique, coofficialité, nombre de locuteurs, enseignement bilingue et médias.

Par la rédaction de Média Cyrnea · Mis à jour le

Le corse, « corsu » dans la langue elle-même, est la langue historique de l’île. Il est parlé au quotidien par une partie des habitants, enseigné à l’école et utilisé à la radio et à la télévision. Sa place dans la vie publique fait débat depuis des décennies : faut-il lui donner le même statut que le français, ou garder le cadre actuel de « langue régionale » ? Ce dossier explique d’où vient le corse, ce que dit la loi, combien de personnes le parlent et comment il est transmis, à la date de mise à jour.

Les origines de la langue corse et ses variétés

Le corse est une langue romane, c’est-à-dire issue du latin, comme le français, l’italien ou l’espagnol. Les linguistes le classent dans le groupe italo-roman. Il est très proche du toscan : selon l’encyclopédie Wikipédia, environ 90 % de son vocabulaire lui ressemble. Des études plus récentes rappellent toutefois que cette influence toscane, arrivée au Moyen Âge sous la domination pisane, s’est posée sur un fonds plus ancien, en partie commun avec le sarde.

Pendant des siècles, la langue écrite de l’île a été l’italien. La Constitution de Pascal Paoli, en 1755, est rédigée en italien. Le français ne remplace l’italien comme langue officielle et écrite qu’au XIXe siècle, autour de 1859.

Le cismuntincu et le pumuntincu

On distingue traditionnellement deux grandes familles de parlers :

  • au nord, le cismuntincu (en italien « cismontano ») ;
  • au sud, le pumuntincu (en italien « oltramontano »).

La limite entre les deux suit à peu près une ligne passant par Piana, Vico, Vizzavona, Ghisoni et Ghisonaccia. Une zone de transition existe autour d’Ajaccio. Dans le sud, les parlers du Taravo et de la région de Sartène ont des traits particuliers. Au nord de la Sardaigne, le gallurais et le sassarais sont très proches des parlers du sud de la Corse.

Le linguiste Jean-Baptiste Marcellesi a proposé en 1983 de parler de « langue polynomique » : une langue unique, mais faite de plusieurs variétés reconnues comme égales. L’enseignement s’appuie sur cette idée : on apprend sa variété locale et on apprend à comprendre les autres.

Le statut juridique de la langue corse

Ce que dit la Constitution

Deux articles de la Constitution française encadrent la question :

  • l’article 2, modifié en 1992, dit que « La langue de la République est le français » ;
  • l’article 75-1, ajouté par la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008, dit que « Les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France ».

Le corse est donc reconnu comme langue régionale, mais il n’a pas de statut officiel. L’UNESCO le classe parmi les langues en danger.

La loi sur les langues régionales de 2021

La loi relative à la protection patrimoniale des langues régionales, dite « loi Molac », a été examinée par le Conseil constitutionnel le 21 mai 2021 (décision n° 2021-818 DC). Le Conseil a censuré deux points : l’enseignement « immersif » dans les écoles publiques, où la langue régionale devient la langue principale de la classe, et l’usage des signes propres aux langues régionales dans l’état civil. Dans les deux cas, il s’est appuyé sur l’article 2 de la Constitution.

La coofficialité votée en 2013

Le 17 mai 2013, l’Assemblée de Corse a adopté, à une large majorité, la délibération n° 13/096 AC en faveur d’un statut de coofficialité du corse et du français. Ce vote exprime une demande politique : il ne change pas le droit, car la Constitution ne le permet pas en l’état. La Collectivité de Corse rappelle régulièrement cette délibération dans ses textes ultérieurs.

Les positions restent opposées :

  • pour la majorité de l’Assemblée de Corse qui l’a votée en 2013, la coofficialité est nécessaire à l’avenir de la langue ; en mars 2023, Gilles Simeoni et Marie-Antoinette Maupertuis, alors présidents du Conseil exécutif et de l’Assemblée, ont jugé nécessaire une révision de la Constitution ;
  • pour les gouvernements successifs, la République n’a qu’une langue officielle. En juillet 2016, le Premier ministre Manuel Valls a ainsi rejeté la coofficialité lors d’une visite en Corse, tout en annonçant des mesures pour l’enseignement du corse.

Le débat est lié à celui sur l’autonomie de la Corse.

Les décisions de justice sur l’usage du corse à l’Assemblée

En décembre 2021 et février 2022, l’Assemblée de Corse et le Conseil exécutif ont modifié leurs règlements intérieurs : le corse et le français y devenaient les langues des débats. Le préfet a contesté ces textes.

  • Le 9 mars 2023, le tribunal administratif de Bastia les a annulés, en se fondant sur l’article 2 de la Constitution.
  • Le 19 novembre 2024, la cour administrative d’appel de Marseille a confirmé ce jugement.
  • Le 5 juin 2025, le Conseil d’État a rejeté le pourvoi de la Collectivité de Corse et refusé de transmettre sa question prioritaire de constitutionnalité au Conseil constitutionnel.

Après cette dernière décision, les présidents de l’Assemblée de Corse et du Conseil exécutif ont annoncé un recours devant la Cour européenne des droits de l’Homme. Pour la justice administrative, les élus ne peuvent pas, en séance, s’exprimer dans une autre langue que le français ; pour les dirigeants de la Collectivité, c’est un droit qu’il faut leur reconnaître.

Combien de personnes parlent corse ?

La Collectivité de Corse a fait réaliser deux grandes enquêtes sociolinguistiques, en 2012 puis en 2021. La seconde a interrogé 1 500 adultes en face à face, du 25 mai au 6 juillet 2021. Ses résultats, publiés en octobre 2021 :

  • 63,4 % des adultes interrogés se déclarent locuteurs, à des niveaux variés ; les auteurs jugent ce chiffre « largement surestimé » ;
  • 39,1 % sont considérés comme des locuteurs actifs, c’est-à-dire des personnes qui utilisent le corse quand l’occasion se présente. Cela représente entre 99 000 et 112 000 adultes, soit environ 105 500 selon l’estimation centrale ;
  • 2 % seulement disent parler uniquement corse au quotidien, et 34 % parlent à la fois le français et le corse.

La part de locuteurs actifs varie selon les territoires : 43 % dans le Grand Bastia, 23,9 % dans le Grand Ajaccio, près de 69 % dans le Centre Corse, selon la même enquête. Le rapport souligne aussi le recul de la transmission de la langue des parents aux enfants depuis le début du XXe siècle.

L’enseignement du corse, de l’école à l’université

À l’école publique

Le corse est proposé dans les écoles, collèges et lycées de l’île. Selon le rapport de la Collectivité de Corse de 2021, l’enseignement bilingue concernait 44,6 % des élèves du premier degré en 2020-2021. Le même rapport note que la filière bilingue se raréfie au collège et presque totalement au lycée.

Les écoles immersives Scola Corsa

L’association Scola Corsa a ouvert en septembre 2021 ses deux premières écoles immersives, où la classe se fait entièrement en corse : à Bastia et à Biguglia. Ce sont des écoles associatives, donc non concernées par la censure de 2021 qui vise l’enseignement public. Une école a ensuite ouvert à Sarrola-Carcopino en 2022, puis à Corte ; en août 2025, l’association annonçait l’ouverture d’une cinquième école à Lucciana.

Former des enseignants : CAPES et agrégation

Un CAPES de corse, concours pour devenir professeur dans le secondaire, existe depuis 1990. L’agrégation de langues de France, option corse, a connu sa première session en 2018. Le concours externe n’est pas organisé chaque année : en septembre 2018, l’Université de Corse, à Corte, s’inquiétait de l’absence de concours pour la session suivante.

Le corse dans les médias

Le corse est présent dans les médias publics et privés de l’île : la télévision France 3 Corse ViaStella, la radio publique RCFM, des radios privées comme Alta Frequenza, ainsi que la presse écrite. Selon le rapport de la Collectivité de Corse de 2021, environ 23 % des programmes de ViaStella étaient alors en langue corse, et une convention liait la Collectivité à RCFM pour la diffusion de la langue. Le même document fixait l’objectif d’atteindre 50 % de temps d’antenne en corse dans les médias de service public. D’autres facettes de la culture en langue corse sont présentées dans le dossier sur le chant et la polyphonie.

En résumé

  • Le corse est une langue romane proche du toscan, avec deux grandes variétés : le cismuntincu au nord et le pumuntincu au sud.
  • Il est reconnu comme langue régionale par l’article 75-1 de la Constitution, mais seul le français est langue officielle (article 2).
  • L’Assemblée de Corse a voté pour la coofficialité le 17 mai 2013 ; l’État s’y oppose, et la question dépend d’une révision constitutionnelle.
  • La justice administrative a annulé en 2023 l’usage du corse comme langue des débats de l’Assemblée, décision confirmée en 2024 puis en 2025.
  • Selon l’enquête de la Collectivité de 2021, environ 105 500 adultes, soit 39,1 %, sont des locuteurs actifs.
  • Le corse s’apprend en filière bilingue, dans les écoles immersives Scola Corsa, et des concours (CAPES, agrégation) forment ses professeurs.

Sources

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