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Comprendre la Corse · Culture

Croyances et légendes corses : mazzeri, signadori, fées

Croyances et légendes corses : mazzeri, signadori et ochju, streghe, fées des fontaines et légendes de lieux, telles que les rapportent ethnologues et ouvrages.

Par la rédaction de Média Cyrnea · Mis à jour le

La Corse possède un riche ensemble de croyances et de légendes, longtemps transmises de bouche à oreille. On y croise des « chasseurs de rêves », des guérisseuses qui chassent le mauvais œil, des fées des fontaines et un diable qui perce les montagnes. Ce dossier présente ces croyances telles que les décrivent des ethnologues, des ouvrages et la presse. Il ne s’agit pas de faits établis, mais de traditions populaires, étudiées comme un élément de la culture de l’île.

Des croyances étudiées par les ethnologues

L’écrivaine britannique Dorothy Carrington (1910-2002) est l’autrice la plus connue sur ce sujet. Installée à Ajaccio en 1954, elle publie en 1971 Granite Island, un portrait de la Corse traduit en français sous le titre La Corse. En 1995, elle consacre un livre entier à ces croyances : The Dream Hunters of Corsica. Il est paru en français aux éditions Alain Piazzola sous le titre Mazzeri, Finzioni, Signadori, aspects magico-religieux de la culture corse.

D’autres auteurs ont étudié ces pratiques, comme Roccu Multedo, auteur dès 1975 d’un ouvrage sur le mazzérisme et le folklore magique de la Corse. En 2023, l’Université de Corse et les éditions Alain Piazzola ont publié un ouvrage collectif dirigé par Davia Benedetti et Fabien Landron : Ochju, malocchio, mal de ojo. Il fait suite à un colloque tenu à l’université, à Corte, en octobre 2021.

Les mazzeri, « chasseurs de rêves »

Le mazzérisme est décrit comme une croyance corse en un don de prophétie liée à la mort. Le mazzeru (au féminin mazzera) mène une vie ordinaire. Mais, selon la croyance, son âme sort de son corps pendant la nuit, le plus souvent en rêve, pour chasser.

Selon les récits rapportés par Dorothy Carrington, le mazzeru chasse un animal et reconnaît, au moment de le tuer, le visage d’une personne du village. Cette personne serait alors condamnée à mourir dans l’année.

L’article de Wikipédia consacré au mazzeru, qui signale lui-même manquer de sources précises, évoque d’autres récits. La mandrache serait une bataille nocturne entre les mazzeri de deux villages, la nuit du 31 juillet au 1er août. Certains mazzeri, appelés salvatori, auraient au contraire le pouvoir de sauver les âmes. Des récits sont signalés dans plusieurs régions, dont le Sartenais et Figari.

Les signadori et l’ochju, le mauvais œil

Les signadori (au féminin signadora, au pluriel signadore) sont des personnes qui, selon la tradition, savent « signer » : elles disent des prières pour chasser l’ochju, le mauvais œil. Dorothy Carrington les présente comme des gardiens de la vie, face aux mazzeri qui annoncent la mort.

Corse Net Infos a décrit ce rite en 2021 et en 2022. La signadora remplit d’eau une assiette blanche. Elle fait des signes de croix en récitant une prière à voix basse, puis laisse tomber des gouttes d’huile dans l’eau. Selon la croyance, si l’huile se disperse, l’ochju est présent. Le chiffre trois revient souvent, peut-être en référence à la Trinité.

La tradition veut que ces prières ne soient jamais écrites. Elles se transmettent oralement, la nuit de Noël, à partir de minuit. D’autres prières sont censées soulager la migraine, les brûlures ou la sciatique. Une signadora interrogée par Corse Net Infos en 2022 disait avoir soulagé une brûlure, sans prétendre la guérir. L’Église catholique tolère ces prières, mais ne les reconnaît pas.

Les streghe et les fées

Les streghe

Le mot streghe désigne les sorcières de la tradition corse. L’ouvrage collectif publié en 2023 par l’Université de Corse étudie leurs rituels aux côtés de ceux des signadore. Aujourd’hui, le mot sert aussi de nom à une fête : à Calenzana, a Festa di e streghe, la fête des sorcières, est organisée le 31 octobre pour les enfants, avec maquillage et défilé. Sa 11e édition a eu lieu en 2019.

Les fées des fontaines

Selon Ghjuvan-Liviu Casalta, interrogé par Corse Net Infos en décembre 2024, les fées (fate) vivaient, dans les croyances anciennes, près des sources, des fontaines et des grottes. À minuit, la nuit de la Saint-Sylvestre, on allait jeter des grains de riz dans une fontaine, et plus anciennement du blé. Cette offrande devait apporter protection et prospérité au village.

Plusieurs contes mettent en scène ces fées. Dans l’un, une fée rencontrée dans une grotte récompense le frère honnête et punit ses deux frères avides. Dans un autre, un pêcheur du Rizzanese épouse une fée, puis rompt leur pacte et attire le malheur sur sa famille.

Les légendes de lieux

Le diable et le Capu Tafunatu

Le Capu Tafunatu, « la montagne trouée », est percé d’un grand trou. Une légende, rapportée par Wikipédia, l’explique ainsi. Saint Martin gardait ses troupeaux dans le Niolu quand le diable, déguisé, voulut le servir. Le diable proposa ensuite de bâtir un pont sur le Golo, en échange d’une âme, à condition de finir avant le chant du coq. Saint Martin fit chanter un coq trop tôt. Furieux, le diable lança son marteau, qui traversa la montagne de part en part.

Les calanches de Piana

Les calanches de Piana sont des rochers de granit rouge sculptés par l’érosion. Elles font partie d’un site inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco en 1983. Leurs formes ont nourri l’imagination. L’écrivain Guy de Maupassant y voyait une tête de diable, une femme allaitant son enfant ou deux moines. Certains rochers portent des noms, comme l’Évêque ou les amoureux des calanches.

Le feu de Noël

Le rocchiu, grand feu allumé devant l’église le soir de Noël, est lui aussi entouré de croyances. Selon la tradition rapportée par l’agence du tourisme de la Corse, les cendres ramassées le lendemain matin devaient protéger la maison. Ce feu est présenté dans le dossier fêtes et traditions.

Comment ces croyances se transmettent aujourd’hui

Ces récits se racontaient autrefois pendant les veillées, au coin du feu, souvent en langue corse, présentée dans le dossier langue corse. Ils font aujourd’hui l’objet de livres, de colloques et de festivals.

En Balagne, le festival Terra di Conti, consacré aux contes et légendes, a organisé sa 4e édition fin 2025. Le 5 décembre 2025, une veillée autour d’un feu a réuni conteurs et musiciens sur la place de Costa. Le lendemain, une conférence sur les mazzeri était proposée à L’Île-Rousse par l’anthropologue Ghjasippina Giannesini.

En résumé

  • Les croyances corses sont connues grâce aux ethnologues, dont Dorothy Carrington, et à des ouvrages récents comme celui de l’Université de Corse (2023).
  • Les mazzeri sont, selon la tradition, des « chasseurs de rêves » qui annonceraient la mort d’un proche.
  • Les signadori disent des prières transmises la nuit de Noël pour chasser l’ochju, le mauvais œil.
  • Les streghe (sorcières) et les fées des fontaines font partie des figures de ces récits.
  • Des légendes expliquent des paysages, comme le trou du Capu Tafunatu attribué au diable.
  • Ces croyances sont des traditions rapportées, pas des faits, et restent transmises par des livres, des colloques et des festivals.

Sources

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