Histoire de la Corse · 1725 – 1807
Pascal Paoli, le père de la patrie corse
Né dans un village de Castagniccia, il a dirigé la Corse indépendante, lui a donné une Constitution et une université, puis a passé plus de trente ans en exil. Les Corses l’appellent encore « U Babbu di a Patria », le père de la patrie.
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Les dates clés
- 1725 Naissance à Morosaglia, en Castagniccia, le 6 avril.
- 1739 Exil à Naples avec son père, Hyacinthe Paoli, chef de la révolte contre Gênes.
- 1755 Élu général de la nation (juillet), puis Constitution corse adoptée à Corte (novembre).
- 1758 Fondation du port de L’Île-Rousse, face aux villes tenues par Gênes.
- 1762 Première monnaie corse frappée à Murato.
- 1765 Ouverture de l’université de Corte. Visite de l’écrivain James Boswell.
- 1768 Traité de Versailles : Gênes cède ses droits sur la Corse à la France.
- 1769 Défaite de Ponte-Novu (mai), puis exil en Angleterre.
- 1790 Retour en Corse après le décret de l’Assemblée nationale.
- 1793 Rupture avec la Convention et avec la famille Bonaparte.
- 1794 Royaume anglo-corse, sous la couronne britannique.
- 1795 Second exil à Londres.
- 1807 Mort à Londres, le 5 février.
- 1889 Retour de ses cendres à Morosaglia, en septembre.
Une enfance dans la révolte contre Gênes (1725-1755)
Pascal Paoli naît le 6 avril 1725 à Morosaglia, dans la piève du Rostino, au nord-est de Corte. La Corse appartient alors à la République de Gênes. Depuis 1729, une grande partie de l’île est en révolte, et son père, Hyacinthe Paoli, est l’un des chefs de ce soulèvement.
En 1739, après l’intervention des troupes françaises venues aider Gênes, la famille doit partir en exil à Naples. Le jeune Pascal y fait ses études, puis devient officier dans un régiment de l’armée napolitaine. Il y découvre les idées des Lumières, qui marqueront toute sa vie politique.
Général de la nation et Constitution de 1755
En 1755, les chefs corses le rappellent. Le 15 juillet 1755, une consulte (assemblée de représentants) l’élit général de la nation. Son élection est contestée par un autre chef, Mario Emmanuele Matra, ce qui provoque deux ans de guerre civile, jusqu’à la mort de Matra en 1757.
En novembre 1755, à Corte, une consulte adopte une Constitution. Elle affirme que le peuple corse est souverain, et partage le pouvoir entre une assemblée élue, la Diète, et un gouvernement dirigé par le général. C’est l’une des premières constitutions écrites selon les idées des Lumières, plus de trente ans avant la Constitution américaine de 1787.
Construire un État : Corte, L’Île-Rousse, une monnaie, une université
Paoli installe le gouvernement à Corte, au centre de l’île. Comme Gênes tient encore les grandes villes de la côte, il fonde à partir de 1758 le port de L’Île-Rousse pour ouvrir la Corse au commerce. Une monnaie corse est frappée à Murato à partir de 1762, et une gazette officielle, les Ragguagli dell’Isola di Corsica, informe la population et l’étranger.
En 1765 ouvre l’université de Corte, la première de l’île. Elle ferme après la conquête française ; l’université de Corse actuelle, ouverte en 1981, porte aujourd’hui le nom de Pasquale Paoli.
Une Corse admirée par l’Europe des Lumières
En 1762, Jean-Jacques Rousseau écrit dans Du contrat social qu’il existe encore en Europe un pays capable de recevoir de bonnes lois : la Corse. Sollicité par un officier corse, il rédige ensuite un projet de constitution pour l’île. En 1765, l’écrivain écossais James Boswell rend visite à Paoli ; son livre An Account of Corsica (1768) fait du général corse une célébrité dans toute l’Europe.
Ponte-Novu et l’exil en Angleterre (1768-1790)
Par le traité de Versailles du 15 mai 1768, Gênes cède ses droits sur la Corse à la France. Les Corses résistent, mais l’armée de Paoli est battue à Ponte-Novu, les 8 et 9 mai 1769. Paoli quitte l’île en juin et s’installe à Londres, où il reçoit une pension du roi George III et fréquente les grands esprits de l’époque, comme l’écrivain Samuel Johnson.
Le retour, puis la rupture (1790-1795)
Avec la Révolution française, l’Assemblée nationale décide le 30 novembre 1789 que la Corse fait partie de la France et autorise les exilés à rentrer. Paoli revient en juillet 1790, acclamé, et prend la tête du département.
Mais en 1793, il rompt avec la Convention, qui ordonne son arrestation. La famille Bonaparte, longtemps favorable à Paoli, choisit la France et doit fuir l’île. En 1794, Paoli s’allie à la Grande-Bretagne : c’est le royaume anglo-corse, dont le roi est George III. Écarté par le vice-roi britannique, Paoli repart pour Londres en octobre 1795.
Sa mort et sa mémoire
Pascal Paoli meurt à Londres le 5 février 1807. Un buste lui rend hommage à l’abbaye de Westminster. En septembre 1889, ses cendres sont ramenées en Corse et déposées dans sa maison natale de Morosaglia, devenue un musée. Sa statue, au cœur du village, est celle de la photo en haut de cette page.
Ce que discutent les historiens
Paoli reste une figure admirée, mais les historiens rappellent aussi les limites de son action : son élection de 1755 n’a pas réuni toutes les régions de l’île, une partie des familles corses lui était hostile, et la monnaie de la République corse avait peu de valeur sur les marchés étrangers. Son image de héros des Lumières doit aussi beaucoup au livre de Boswell. Ces débats n’enlèvent rien à l’importance de son œuvre : ils aident à la comprendre.
Pour comprendre les institutions corses d’aujourd’hui, voyez nos dossiers et émissions de la rubrique Politique.
Sources
- Antoine-Marie Graziani, Pascal Paoli, père de la patrie corse, Tallandier, 2002.
- Michel Vergé-Franceschi, Paoli, un Corse des Lumières, Fayard, 2005.
- James Boswell, An Account of Corsica, Londres, 1768 (récit de sa visite de 1765).
- Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social, 1762, livre II, chapitre 10.
- Musée Pascal Paoli, maison natale de Paoli, Morosaglia.