Comprendre la Corse · Culture
Artisanat corse : couteaux, cetera, poterie et métiers d’art
Artisanat corse : couteliers, luthiers de la cetera, potiers, route des artisans de Balagne, Chambre de métiers, chiffres de l’Insee et lieux à visiter.
Lecture par la voix de votre appareil
L’artisanat tient une grande place dans l’économie et la culture de la Corse. Il regroupe des métiers du quotidien, comme le bâtiment, la boulangerie ou la coiffure, et des métiers d’art : couteliers, luthiers, potiers, verriers, menuisiers. Plusieurs savoir-faire anciens ont été relancés depuis les années 1970, souvent dans les villages. Ce dossier présente les chiffres officiels, les principaux métiers d’art de l’île et les lieux où l’on peut rencontrer les artisans.
L’artisanat en Corse : les chiffres de l’Insee
Selon une étude de l’Insee publiée en juin 2026, 18 800 établissements étaient inscrits en 2022 au répertoire des métiers de la Chambre de métiers et de l’artisanat de Corse. Parmi les 13 550 en activité, la moitié étaient des microentreprises.
L’Insee a aussi étudié les seuls établissements de 0 à 10 salariés, hors microentreprises. En 2022, 6 500 relevaient de l’artisanat, soit un quart des établissements marchands de cette taille. Ils employaient 15 550 personnes et ont produit 681 millions d’euros de richesse, soit 13 % de l’économie marchande de l’île. Le bâtiment est le premier secteur, devant les services, l’alimentation et la production de biens. Les établissements sont très petits : 2,4 emplois en moyenne.
La Chambre de métiers et de l’artisanat de Corse
Depuis le 1er janvier 2021, une chambre régionale unique représente les artisans de toute l’île. Elle a été créée par le décret n° 2020-1416 du 18 novembre 2020, à la place des deux chambres départementales. Elle tient le répertoire des métiers, forme les apprentis et décerne des titres, comme celui d’« artisan en métiers d’art ». En avril 2024, elle a remis ce titre à dix membres de la route des artisans de Balagne. La chambre estimait alors à environ 500 le nombre de professionnels des métiers d’art en Corse.
Les couteaux corses : stylet, vendetta et coutellerie d’aujourd’hui
Le couteau est l’un des objets les plus liés à l’image de l’île. Plusieurs modèles anciens existent. Le couteau de berger servait à tout. Le stylet est une sorte de dague qui se transmettait de génération en génération. Le modèle appelé « vendetta », un couteau pliant d’usage courant, est plus récent : selon la coutellerie Ceccaldi, il s’inspire du stylet.
En 2019, selon le syndicat des couteliers corses, le Sindicatu di i cultellaghji corsi, l’île comptait environ 40 couteliers professionnels et une vingtaine d’amateurs. Un label distingue les couteaux entièrement fabriqués en Corse. Il n’existe pas d’aciérie sur l’île, mais quelques couteliers fabriquent eux-mêmes leur acier. Les manches sont souvent en bois local : bruyère, cœur de chêne, olivier ou bois d’arbres fruitiers.
Certaines coutelleries sont installées depuis longtemps. La coutellerie Ceccaldi, par exemple, a été fondée en 1978 à Zoza, dans l’Alta Rocca, selon la famille qui la dirige.
La cetera et les instruments de musique traditionnels
La cetera est la version corse du cistre, un instrument à cordes pincées. Elle compte traditionnellement huit paires de cordes en métal. Elle a probablement été introduite au XVIIe siècle, à l’époque génoise, mais sa façon d’accorder l’instrument s’est perdue.
Depuis les années 1970, une quinzaine d’anciens instruments ont été retrouvés. Le plus ancien, sans doute du XVIIe siècle, a été découvert à Morosaglia. Une copie a été fabriquée dans l’atelier du luthier italien Bartolomeo Formentelli, à l’initiative de Corsicada, une association d’artisans de Pigna.
À la fin des années 1970, le luthier Michel Buresi a été le premier à refabriquer des cetere. D’autres ont suivi, comme Ugo Casalonga à Pigna et Christian Magdeleine à Bastia. Les luthiers fabriquent aussi des instruments à vent, comme la pivana, une flûte en corne de chèvre. Ces instruments accompagnent le chant traditionnel, présenté dans notre dossier Chant corse et polyphonie.
Poterie, bois et autres métiers d’art
Une poterie ancienne et originale
Les recherches de l’archéologue Daniel Istria, publiées en 2007, montrent qu’à partir du XIVe siècle, des potiers corses ajoutaient des fibres d’amiante à l’argile de leurs marmites. Ce mélange permettait de fabriquer de grands récipients à parois fines, légers, solides et étanches. Cet usage a duré jusqu’au XIXe siècle. L’amiante est aujourd’hui reconnu comme très toxique et n’est plus utilisé.
Les métiers d’art aujourd’hui
Les artisans d’art corses travaillent aujourd’hui la céramique, le verre, le bois, le cuir, le textile ou les bijoux. À Ajaccio, la boutique collective Carré d’Art, créée en 2018 par une association, a rouvert en mars 2025 au 55 rue Fesch. Une quinzaine d’artisans de toute l’île y vendent leurs créations : céramique, jouets en bois, chapeaux, maroquinerie, broderie, gravure ou calligraphie.
La Strada di l’Artigiani, route des artisans de Balagne
En 1993, la chambre des métiers de Haute-Corse a réuni les artisans d’art, des artisans de bouche et des producteurs agricoles de Balagne. Cette réunion a donné naissance à la Strada di l’Artigiani, une association loi 1901. Au départ, elle comptait 27 membres. Pour en faire partie, il fallait avoir un atelier et un coin de vente au même endroit, dans un village, avec des horaires d’ouverture affichés.
En 1994, une route touristique du même nom a été créée, avec une soixantaine de panneaux dans toute la Balagne. La brochure des vingt ans, en 2014, présentait 48 adhérents. Selon l’office de tourisme de Balagne, la route va de Pietralba à Galeria : souffleurs de verre, luthiers, fabricants de boîtes à musique et potiers y ouvrent leurs ateliers aux visiteurs.
Pigna, un village d’artisans
Le village de Pigna est l’une des étapes les plus connues de cette route. On y trouve notamment des ateliers de lutherie et de boîtes à musique. Lors des Journées européennes des métiers d’art de 2023, des luthiers y ont fabriqué une cetera devant le public, et des membres du syndicat des couteliers corses un couteau de cuisine.
En résumé
- En 2022, 18 800 établissements étaient inscrits au répertoire des métiers de Corse, selon l’Insee.
- Une chambre de métiers et de l’artisanat unique couvre toute l’île depuis le 1er janvier 2021.
- L’île comptait environ 40 couteliers professionnels en 2019 ; le modèle « vendetta » s’inspire du stylet.
- La cetera, cistre corse à huit paires de cordes, est de nouveau fabriquée depuis la fin des années 1970.
- Du XIVe au XIXe siècle, des potiers corses mêlaient de l’amiante à l’argile de leurs marmites.
- La Strada di l’Artigiani, née en 1993, relie les ateliers des villages de Balagne.
Sources
- Insee – En Corse, un établissement marchand de petite taille sur quatre relève de l’artisanat (Insee Analyses Corse n° 71, juin 2026)
- Centre Inffo – Nouvelles chambres de métiers et de l’artisanat de région (décret n° 2020-1416 du 18 novembre 2020)
- Corse Net Infos – Dix Balanins deviennent artisans d’art (27 avril 2024)
- Corse Net Infos – Tout connaître sur les spécificités du couteau corse (23 décembre 2019)
- Revue Conflits – La coutellerie Ceccaldi, symbole de l’artisanat corse (26 juin 2022)
- Wikipédia – Cetera (consulté le 12 octobre 2026)
- Corse Net Infos – Les Journées européennes des métiers d’art vont animer Pigna (31 mars 2023)
- Daniel Istria – L’utilisation de l’amiante en Corse du XIVe au XIXe siècle (revue Médiévales, 2007, HAL)
- Strada di l’Artigiani – Présentation et historique de l’association (HelloAsso, page consultée le 12 octobre 2026)
- Office de tourisme de L’Île-Rousse Balagne – Corsican craftsmanship (page consultée le 12 octobre 2026)
- Corse Net Infos – Ajaccio : la boutique d’artisans Carré d’Art rouvre au 55 rue Fesch (24 mars 2025)
Une erreur, une précision ? Écrivez-nous : nous corrigeons et indiquons la date de mise à jour.