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Comprendre la Corse · Gestion

La dette publique en Corse : comprendre les chiffres

Dette publique en Corse : encours, annuité et capacité de désendettement expliqués, dette de la Collectivité de Corse et des communes, chiffres datés, sourcés.

Par la rédaction de Média Cyrnea · Mis à jour le

Comme une famille qui achète une maison, une collectivité emprunte pour construire des routes, des collèges ou des ports, puis rembourse pendant des années. Ce dossier explique les mots utilisés pour parler de cette dette, puis donne les chiffres de la Collectivité de Corse, des communes et des intercommunalités de l’île. Tous les montants sont datés et viennent de sources publiques : chambre régionale des comptes, Observatoire des finances et de la gestion publique locales (OFGL) et documents budgétaires de la Collectivité de Corse.

Les mots de la dette publique expliqués simplement

L’encours de dette

L’encours de dette est la somme qui reste à rembourser aux banques à une date donnée, en général le 31 décembre. On dit aussi « capital restant dû ».

L’annuité

L’annuité est ce que la collectivité paie chaque année à ses prêteurs. Elle comprend deux parts : le capital (la part de l’emprunt réellement remboursée) et les intérêts (le prix payé à la banque pour avoir prêté l’argent).

L’épargne brute

L’épargne brute est ce qui reste des recettes courantes (impôts, dotations de l’État…) une fois payées les dépenses courantes (salaires, entretien, aides sociales…). Le taux d’épargne brute compare cette épargne aux recettes courantes. Les dotations sont expliquées dans le dossier Les dotations de l’État.

La capacité de désendettement

La capacité de désendettement répond à une question simple : combien d’années faudrait-il pour rembourser toute la dette si l’on y consacrait toute l’épargne brute ? On la calcule en divisant l’encours de dette par l’épargne brute.

La loi du 22 janvier 2018 de programmation des finances publiques (article 29) a fixé, pour chaque type de collectivité, un « plafond national de référence » : douze années pour les communes et les intercommunalités, dix années pour les départements, neuf années pour les régions et pour la Collectivité de Corse. Ce seuil de neuf ans est souvent appelé « seuil d’alerte ».

La dette de la Collectivité de Corse depuis 2018

La Collectivité de Corse existe depuis le 1er janvier 2018. Elle a repris les dettes de l’ancienne Collectivité territoriale de Corse et des deux anciens départements, comme l’explique le dossier Départements et fusion de 2018.

Ce que dit la chambre régionale des comptes

La chambre régionale des comptes, juridiction financière indépendante, contrôle les comptes des collectivités. Dans son rapport sur la situation financière de la Collectivité (exercices 2019 et suivants), délibéré le 1er avril 2025 et publié le 27 juin 2025, elle relève que :

  • l’encours de dette est passé de 790 millions d’euros fin 2018 à 1,04 milliard d’euros fin 2023, soit une hausse de 32 % ;
  • entre 2019 et 2023, la Collectivité a emprunté 521 millions d’euros (environ 100 millions par an) et remboursé 253 millions d’euros de capital (environ 50 millions par an) ;
  • fin 2023, la dette représente 3 047 euros par habitant, « le niveau le plus élevé en France » selon la chambre, contre 478 euros pour les autres régions et 498 euros pour les départements de taille comparable ;
  • la capacité de désendettement était de 3,6 ans en 2019, de 9,6 ans en 2020, de 5,2 ans en 2021, de 7,4 ans en 2022 et de 5,5 ans fin 2023.

La chambre explique les années 2020 et 2022 par des événements exceptionnels : le refinancement en 2020 de quatre emprunts à risque de l’ancien département de la Haute-Corse (68 millions d’euros), puis, en 2022, un emprunt de 45,6 millions d’euros lié à la condamnation de la Collectivité dans un contentieux avec la compagnie Corsica Ferries. Ce dossier maritime est présenté dans Transports et continuité territoriale.

Une dette jugée peu risquée mais à surveiller

Selon la chambre, au 31 décembre 2023, 99,66 % des prêts sont classés dans la catégorie de risque la plus faible. Le taux moyen payé est de 1,7 %.

La chambre estimait aussi qu’à droit constant, sans nouvelle aide de l’État, la capacité de désendettement pourrait dépasser 10 ans en 2026, au-delà du seuil d’alerte.

Les chiffres de 2024 et de 2025

D’après l’avis du Conseil économique, social, environnemental et culturel de Corse (CESEC) sur le compte financier unique 2025, adopté le 23 juin 2026, l’encours de dette atteint 1,11 milliard d’euros fin 2024 et 1,168 milliard d’euros fin 2025. Le budget primitif 2026 donne le chiffre exact au 1er janvier 2026 : 1 168,9 millions d’euros, soit environ 1,169 milliard. La Collectivité a emprunté 127 millions d’euros en 2024 et 111 millions d’euros en 2025. La capacité de désendettement est de 7,38 ans en 2024 et de 6,19 ans en 2025, sous le seuil de neuf ans. Le budget général de la Collectivité est détaillé dans le dossier Le budget de la Collectivité de Corse.

Le budget 2026

Le budget primitif 2026, adopté le 18 décembre 2025, prévoit un emprunt de 115 millions d’euros. Il prévoit aussi de rembourser 65 millions d’euros de capital et de payer 32 millions d’euros d’intérêts, soit une annuité de 97 millions d’euros selon notre calcul. L’outil Où va l’argent ? affiche 99,8 millions d’euros pour la dette : il compte toutes les opérations financières du budget (34,8 millions), et pas seulement les intérêts des emprunts (32 millions). Selon ce budget, la capacité de désendettement serait de 7,31 ans en 2026. Selon Corse Net Infos, l’exécutif l’estimait à environ 8 ans fin 2028.

La dette des communes et des intercommunalités en Corse

Les chiffres ci-dessous viennent de l’OFGL. Ils regroupent, pour chaque commune, le budget principal et les budgets annexes (budgets séparés pour un service comme l’eau, un port ou un parking). Le fonctionnement général des budgets communaux est présenté dans le dossier Les finances des communes.

Les 360 communes

Fin 2024, l’encours de dette des 360 communes de Corse atteint 482,3 millions d’euros. Selon notre calcul (somme des dettes divisée par la population retenue par l’OFGL), cela fait 1 368 euros par habitant, contre 1 046 euros pour l’ensemble des communes de France, outre-mer compris (données OFGL 2024). Toujours selon notre calcul (encours divisé par épargne brute), leur capacité de désendettement est d’environ 5,3 ans en 2024, contre 4,8 ans en moyenne en France, loin du plafond de douze ans.

La dette est très inégale d’une commune à l’autre. En 2024, 68 communes n’ont aucune dette. Les encours les plus élevés sont ceux d’Ajaccio (110,4 millions d’euros), de Porto-Vecchio (65,4 millions) et de Bastia (54,9 millions). Rapportée au nombre d’habitants, la dette est la plus forte dans des communes moins peuplées mais très équipées, comme Bonifacio (6 442 euros par habitant, population retenue par l’OFGL) ou Porto-Vecchio (5 745 euros par habitant, population retenue par l’OFGL).

Les premiers chiffres de 2025 publiés par l’OFGL indiquent un encours de 510,3 millions d’euros fin 2025. Ces données restent provisoires jusqu’à la publication des comptes définitifs par la direction générale des finances publiques.

Les 19 intercommunalités

Les intercommunalités (communautés de communes et d’agglomération) ont aussi leur propre dette. Fin 2024, l’encours des 19 intercommunalités de Corse atteint 151,0 millions d’euros, selon l’OFGL. Selon notre calcul, leur capacité de désendettement est d’environ 3,4 ans, contre 4,7 ans en moyenne pour les intercommunalités de France hors outre-mer. Leur organisation est détaillée dans le dossier Les intercommunalités en Corse.

Ce que disent les élus de la dette de la Collectivité

La dette de la Collectivité de Corse fait débat à l’Assemblée de Corse. Les positions ci-dessous sont rapportées par Corse Net Infos.

  • Pour l’exécutif et la majorité territoriale : en juin 2025, Gilles Simeoni, alors président du Conseil exécutif, a déclaré que « ce qui compte ce n’est pas le volume de la dette, mais la capacité à rembourser cette dette ». Il a rappelé qu’une partie de la dette vient des mandatures précédentes et de contentieux anciens. En décembre 2025, l’exécutif a défendu pour le budget 2026 « un recours maîtrisé à l’emprunt », et Gilles Giovannangeli, qui présentait ce budget, a rappelé que plus de 2,2 milliards d’euros avaient été investis en sept ans. Pour Louis Pozzo di Borgo, « la dette fait partie de la vie d’une collectivité ».
  • Pour le groupe Un Soffiu Novu (droite) : en juin 2025, Christelle Combette a estimé que la Collectivité était « au bord de la faillite ». En décembre 2025, Georges Mela a jugé que le niveau de la dette « dégrade tous les ratios ».
  • Pour le groupe Avanzemu : Jean-Christophe Angelini a estimé en décembre 2025 que la Collectivité « ne cesse de se rapprocher du seuil d’alerte ».
  • Pour le groupe Core in Fronte : Paul-Félix Benedetti a relié en décembre 2025 une partie des emprunts au programme exceptionnel d’investissements (PEI), qu’il estime avoir été imposé à la Corse.

Le CESEC, assemblée consultative, a pour sa part fait part en juin 2026 de son « inquiétude » face au recours répété à l’emprunt, tout en notant l’amélioration des ratios en 2025. La question des ressources de la Collectivité est aussi liée au débat sur l’autonomie et sur un nouveau cadre fiscal avec l’État.

En résumé

  • L’encours est la dette restant à rembourser ; l’annuité est le remboursement annuel (capital et intérêts).
  • La capacité de désendettement mesure en années le poids de la dette ; le seuil de référence est de neuf ans pour la Collectivité de Corse et de douze ans pour les communes.
  • La dette de la Collectivité de Corse est passée de 790 millions d’euros fin 2018 à 1,169 milliard d’euros au 1er janvier 2026, avec une capacité de désendettement de 6,19 ans en 2025.
  • Fin 2024, les 360 communes de Corse doivent 482,3 millions d’euros et les 19 intercommunalités 151,0 millions d’euros.
  • Rapportée au nombre d’habitants, la dette des communes corses est plus élevée que la moyenne des communes de France hors outre-mer, mais leur capacité de désendettement reste loin du plafond.
  • La majorité territoriale juge la dette soutenable ; les groupes d’opposition s’inquiètent de sa hausse.

Sources

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