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Comprendre la Corse · Économie

Transports en Corse : la continuité territoriale

Continuité territoriale en Corse : dotation de l’État, Office des transports, bateaux, avions, train et routes, contentieux et positions des élus et compagnies.

Par la rédaction de Média Cyrnea · Mis à jour le

Pour une île, les transports sont une question vitale : les habitants, les touristes et presque toutes les marchandises arrivent par bateau ou par avion. Depuis 1976, l’État applique à la Corse un principe de « continuité territoriale » : aider à rapprocher le prix et la qualité des liaisons de ce qu’ils seraient sur le continent. Ce dossier explique qui organise ces liaisons, combien elles coûtent, comment fonctionnent les bateaux, les avions, le train et les routes, et quels débats ils suscitent.

Le principe de continuité territoriale

Selon l’Autorité de la concurrence, la France a redéfini en 1976 le service public maritime avec la Corse sur la base de la continuité territoriale. L’objectif est de compenser l’insularité et de pratiquer sur les liaisons maritimes un tarif comparable à celui des transports terrestres. La desserte a alors été confiée à la SNCM et à la Compagnie méridionale de navigation, par une convention de 25 ans signée le 31 mars 1976.

La loi du 30 juillet 1982 sur le statut particulier de la région de Corse a confié la gestion de cette continuité aux élus corses. La loi du 13 mai 1991 a donné à l’Assemblée de Corse la pleine compétence pour organiser les transports entre l’île et le continent. Ce mouvement de décentralisation est expliqué dans notre dossier sur le statut particulier de la Corse.

L’Office des transports et la dotation de l’État

Qui organise ?

L’Office des transports de la Corse (OTC) est un établissement public placé sous la tutelle de la Collectivité de Corse. Il choisit, après mise en concurrence, les compagnies chargées des lignes de service public, et signe avec elles des « délégations de service public » (DSP). Il fixe aussi des « obligations de service public » : nombre de rotations, horaires, capacité et tarifs.

Combien ça coûte ?

L’État verse chaque année une dotation de continuité territoriale (DCT) de 187 millions d’euros. Ce montant n’a pas été revalorisé depuis 2009. Dans un rapport publié le 6 mars 2023, la chambre régionale des comptes relève que, de 2015 à 2020, les dépenses de l’Office étaient inférieures à la dotation. Entre 2015 et 2021, l’Office a reversé ces restes à la Collectivité, pour un total d’environ 110 millions d’euros (109,8 millions). En 2021, les dépenses de continuité territoriale ont atteint 203,9 millions d’euros, au-dessus de la dotation. La chambre prévoyait pour 2022 un déficit d’environ 7,6 millions d’euros. La chambre note aussi qu’environ 800 000 sièges d’avion restent vides chaque année sur les lignes aidées.

Des rallonges ponctuelles ont été obtenues : 33 millions d’euros en 2022 et 40 millions en 2023, selon la chambre régionale des comptes (rapport de 2025), puis 50 millions en 2025, selon le président de l’OTC. Pour 2026, un courrier du Premier ministre du 23 mars 2026 indique que la revalorisation est portée à 60 millions d’euros dans le projet de loi de finances.

Les liaisons maritimes

Les lignes de service public relient Marseille à cinq ports corses : Ajaccio, Bastia, Propriano, L’Île-Rousse et Porto-Vecchio. Elles sont assurées par Corsica Linea et La Méridionale pour la période 2023-2030. Le 26 novembre 2024, la Commission européenne a validé les aides publiques prévues pour ces lignes, soit 853,6 millions d’euros sur l’ensemble de la période. Elle a jugé que ces aides respectaient les règles européennes et ne désavantageaient pas la compagnie concurrente Corsica Ferries.

D’autres compagnies proposent des liaisons hors délégation, notamment depuis Toulon et avec l’Italie. Selon le bilan 2025 de l’observatoire régional des transports et de la DREAL, les ports corses ont accueilli 4,1 millions de passagers (hors croisières). Corsica Ferries en a transporté 66 %, devant Corsica Linea et Moby Lines. Bastia reste le premier port, avec plus de 2,1 millions de passagers et plus de 1,2 million de tonnes de marchandises débarquées.

Un long contentieux

En février 2021, la cour administrative d’appel de Marseille a condamné la Collectivité de Corse à verser 86,3 millions d’euros à Corsica Ferries. La compagnie avait subi la concurrence d’un « service complémentaire » de l’ex-SNCM, subventionné de façon illégale entre 2007 et 2013. Le Conseil d’État a donné raison à Corsica Ferries à l’automne 2021 ; selon les députés corses, les recours étaient alors épuisés en droit français. Ces députés ont demandé que l’État prenne en charge tout ou partie de cette somme ; leur amendement a été rejeté en commission des finances.

En 2023, Corsica Ferries a déposé deux plaintes à Bruxelles contre la délégation 2023-2030. C’est à la suite de ces plaintes que la Commission a examiné le dispositif, avant de le valider en novembre 2024.

Les liaisons aériennes et les quatre aéroports

L’île compte quatre aéroports : Ajaccio, Bastia-Poretta (sur la commune de Lucciana), Calvi et Figari. En 2025, ils ont accueilli 4,4 millions de passagers, dont 1,59 million à Ajaccio et 1,53 million à Bastia. Près de neuf voyageurs aériens sur dix circulent entre la Corse et le continent.

Les lignes vers Marseille, Nice et Paris-Orly sont soumises à des obligations de service public. Le 30 novembre 2023, l’Assemblée de Corse a confié à Air Corsica, à l’unanimité, les huit lignes entre les quatre aéroports et Marseille ou Nice, du 1er janvier 2024 au 31 décembre 2027. L’Office disposait pour ces compensations d’un budget de 80,4 millions d’euros par an. Fin février 2024, les quatre lignes vers Paris-Orly ont été attribuées, également à l’unanimité, au groupement Air Corsica – Air France, du 25 mars 2024 à fin 2027.

Ports et aéroports : un nouveau gestionnaire

Les ports et aéroports relèvent de la Collectivité de Corse, qui en confie la gestion par concession. Le 19 décembre 2025, l’Assemblée de Corse a voté à l’unanimité de nouveaux contrats pour le port de commerce de Bastia et les aéroports d’Ajaccio, Bastia-Poretta, Calvi et Figari. Ils sont confiés à un établissement public qui remplace la chambre de commerce et d’industrie de Corse depuis le 1er janvier 2026.

Le train et les routes

Les Chemins de fer de la Corse

Le réseau ferré corse compte 232 kilomètres de voie, construits entre 1882 et 1935. Il relie Bastia à Ajaccio par Corte, avec un embranchement de Ponte-Leccia vers Calvi par L’Île-Rousse. La ligne de la plaine orientale, détruite en 1943, n’a jamais été rouverte. La SNCF a exploité le réseau jusqu’en 2011, puis une société d’économie mixte jusqu’au 31 décembre 2023. Depuis le 1er janvier 2024, un établissement public de la Collectivité de Corse gère le train. Les plans d’investissement successifs ont financé la rénovation de 170 kilomètres de voie (environ 100 millions d’euros) et l’achat de douze rames neuves (50 millions d’euros). En 2025, le réseau a enregistré près de 48 millions de voyageurs-kilomètres.

Les routes

Depuis le 1er janvier 2018, la Collectivité de Corse gère à la fois les routes territoriales (les anciennes routes nationales) et les anciennes routes départementales, après la fusion des départements. Ce réseau dépasse 5 000 kilomètres, dont plus de 85 % d’anciennes routes départementales.

Débats et positions

Le financement. Pour Jean-Félix Acquaviva, conseiller exécutif chargé des transports et président de l’OTC (octobre 2025), la dotation devrait passer à 237 millions d’euros et suivre l’évolution de la TVA. Il estime que, sans rallonge, « les contrats de service public chutent ». Il s’inquiète aussi du coût du marché européen du carbone pour les navires et les avions, qu’il chiffre à plusieurs millions d’euros par an.

Le modèle maritime, lors du débat du 19 décembre 2024 à l’Assemblée de Corse. Pour Gilles Simeoni, alors président du Conseil exécutif, la validation européenne est une victoire qui ne garantit pas tout ; il évoque une compagnie territoriale comme seconde étape. Pour Paul Quastana (Core in Fronte), la décision est « une condition nécessaire, mais pas suffisante » tant que la dotation n’est pas indexée. Pour Josepha Giacometti-Piredda (élue sous les couleurs de Corsica Libera de 2010 à 2024, puis de Nazione), rien n’est assuré sur les moyens et une compagnie maritime corse est nécessaire. Pour Saveriu Luciani (Avanzemu), l’incertitude budgétaire à Paris inquiète. Pour Jean-Michel Savelli et Jean-Martin Mondoloni (Un Soffiu Novu), la décision peut encore être contestée devant la justice européenne et une compagnie régionale serait financièrement irréaliste.

Les compagnies. Corsica Ferries conteste devant la justice et à Bruxelles les aides versées à ses concurrents. Air Corsica, par la voix de son directoire (mars 2024), dit vouloir réduire sa dépendance aux fonds publics. Air France indique que le cahier des charges de la prochaine délégation pourrait être fortement revu.

Le coût et la fréquence des liaisons pèsent sur le tourisme comme sur le prix des marchandises importées, un sujet traité dans notre dossier sur les prix et le coût de la vie.

En résumé

  • Depuis 1976, la continuité territoriale vise à rapprocher le prix des liaisons Corse-continent de celui des transports terrestres.
  • L’Office des transports de la Corse organise ces liaisons avec une dotation de l’État de 187 millions d’euros par an, non revalorisée depuis 2009, complétée par des rallonges.
  • Corsica Linea et La Méridionale assurent les lignes aidées depuis Marseille ; Air Corsica et Air France assurent les lignes aériennes aidées jusqu’à fin 2027.
  • La Collectivité de Corse a été condamnée en 2021 à verser 86,3 millions d’euros à Corsica Ferries.
  • Le train (232 km) et les ports et aéroports sont gérés par des établissements publics de la Collectivité.
  • Élus et compagnies divergent sur le financement et sur la création d’une compagnie maritime corse.

Sources

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