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Comprendre la Corse · Gestion

Le budget de la Collectivité de Corse expliqué simplement

Budget de la Collectivité de Corse : les chiffres de 2026, d’où vient l’argent, à quoi il sert, la dette, le vote et les remarques de la chambre des comptes.

Par la rédaction de Média Cyrnea · Mis à jour le

La Collectivité de Corse gère chaque année plus de 1,5 milliard d’euros d’argent public. Cet argent paie les liaisons maritimes et aériennes, les routes, les collèges et les lycées, l’aide aux personnes âgées et le salaire de ses agents. Ce dossier explique simplement d’où vient cet argent, à quoi il sert et comment il est voté. Les chiffres viennent des documents officiels de la Collectivité et des avis du Conseil économique, social, environnemental et culturel de Corse (CESEC).

Le budget primitif 2026 de la Collectivité de Corse en chiffres

Le budget primitif est le budget voté avant le début de l’année : c’est une prévision. Il se divise en deux « sections ». Le fonctionnement regroupe les dépenses de tous les jours : salaires, aides sociales, entretien, transports scolaires. L’investissement regroupe ce qui dure (routes, bâtiments, équipements) et le remboursement des emprunts.

Le budget primitif 2026 s’équilibre à 2,033 milliards d’euros, contre 1,992 milliard en 2025. Ce total comprend des « opérations d’ordre », de simples écritures comptables qui ne donnent lieu à aucun paiement. Sans elles, les dépenses réelles s’élèvent à 1,525 milliard d’euros :

  • 1,145 milliard en fonctionnement (75 % des dépenses réelles) ;
  • 379,9 millions en investissement, dont 65 millions pour rembourser le capital des emprunts. Il reste environ 315 millions pour les investissements eux-mêmes.

Le chiffre de 1,428 milliard d’euros, souvent cité, correspond à la seule section de fonctionnement, opérations d’ordre comprises. Pour comprendre l’institution, voir notre dossier sur la Collectivité de Corse.

D’où vient l’argent : impôts, dotations et taxes propres à la Corse

En 2026, les recettes réelles de fonctionnement sont prévues à 1,305 milliard d’euros.

La fiscalité : environ 801 millions d’euros

Les impôts et taxes représentent 61 % de ces recettes. Les plus importants :

  • 257 millions d’euros de TVA reversée par l’État, en compensation d’anciennes recettes supprimées ;
  • 94,2 millions de droits de mutation, payés lors de l’achat d’un bien immobilier (taux porté à 5 % en 2026 par l’Assemblée de Corse) ;
  • 81 millions de taxe sur les contrats d’assurance ;
  • 22 millions de taxe sur les cartes grises (53 euros par cheval fiscal en 2026).

Les taxes propres à la Corse : 256,5 millions d’euros

Quatre taxes n’existent, sous cette forme, qu’en Corse. Elles pèsent près de 20 % des recettes de fonctionnement : les droits sur les tabacs (155 millions), une part spécifique de la taxe sur les carburants (55 millions), la taxe sur les transports de passagers (41,5 millions) et la taxe de francisation des navires de plaisance (5 millions).

Les dotations de l’État : environ 368 millions d’euros

Une dotation est une somme versée par l’État. La principale est la dotation de continuité territoriale : 246,9 millions d’euros en 2026, dont un complément de 60 millions. Elle est entièrement reversée à l’Office des transports de la Corse. Son montant de base n’est plus indexé depuis la fin des années 2000 (2009 selon le CESEC, 2010 selon le document budgétaire). Voir notre dossier sur les dotations de l’État.

Environ 114 millions d’euros d’aides nationales, surtout pour l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) et le revenu de solidarité active (RSA), complètent le tout. En investissement, la Collectivité prévoit 104,9 millions d’euros de subventions et de remboursements de TVA, et 115 millions d’euros d’emprunt.

À quoi sert l’argent : transports, social, routes, lycées et personnel

Le budget est voté « par fonction », c’est-à-dire par grand domaine. Les dépenses réelles réparties par domaine atteignent 1,406 milliard d’euros en 2026.

Domaine Budget 2026 Part
Transports 424,1 M€ 30 %
Services généraux (surtout le personnel) 274,4 M€ 20 %
Social, APA et RSA 250,1 M€ 18 %
Enseignement et formation 107,8 M€ 8 %
Action économique 81,1 M€ 6 %
Aménagement du territoire 74,1 M€ 5 %
Sécurité (pompiers, forêts) 68,9 M€ 5 %
Environnement 59,5 M€ 4 %
Culture, jeunesse, sport 44,0 M€ 3 %
Autres domaines (dont fonds européens) 22,4 M€ 2 %

La ligne « Social, APA et RSA » additionne trois chapitres du budget (selon notre calcul).

L’outil Où va l’argent ? part d’un autre total : 1,525 milliard d’euros de dépenses réelles, qui comprend aussi la dette et d’autres dépenses non réparties par domaine. Les transports y pèsent donc 27,8 % au lieu de 30 %.

Transports. Plus de la moitié de ce poste est la dotation de continuité territoriale reversée à l’Office des transports. S’y ajoutent les transports scolaires et les cars (33,3 millions d’euros), le train (26,1 millions en fonctionnement, 15 millions en investissement) et 76,6 millions d’euros de travaux sur les routes. Voir aussi les transports et la continuité territoriale.

Social. Depuis 2018, la Collectivité exerce les missions des deux anciens départements : APA (84,2 millions d’euros), RSA (45,5 millions), protection de l’enfance, handicap.

Lycées et collèges. La Collectivité a la charge de 48 établissements, selon le CESEC, qui relève en juin 2026 « l’état de vétusté important de bon nombre » d’entre eux.

Personnel. Les charges de personnel sont prévues à 247,1 millions d’euros, presque stables ; les effectifs diminuent de 41 postes, selon le document budgétaire.

Épargne, dette et comptes de 2025

Quatre mots à connaître :

  • l’épargne brute : recettes de fonctionnement moins dépenses de fonctionnement. Elle sert à rembourser les emprunts et à investir ;
  • l’épargne nette : l’épargne brute moins le remboursement du capital des emprunts ;
  • l’encours de dette : tout ce qui reste à rembourser ;
  • la capacité de désendettement : le nombre d’années qu’il faudrait pour rembourser toute la dette avec toute l’épargne brute. Le CESEC cite un seuil de vigilance de 9 ans.

Au 1er janvier 2026, l’encours de dette s’élève à 1,169 milliard d’euros (1 168,9 millions ; 95 emprunts, 11 prêteurs). Le budget 2026 prévoit une épargne brute de 160 millions d’euros et une capacité de désendettement de 7,3 ans. Il prévoit aussi 97 millions d’euros d’annuité : 65 millions de capital et 32 millions d’intérêts. Pour aller plus loin : la dette publique en Corse.

Le budget est une prévision ; les comptes disent ce qui a vraiment été dépensé. Selon l’avis du CESEC du 23 juin 2026 sur les comptes de 2025 :

  • recettes réelles : 1,483 milliard d’euros ; dépenses réelles : 1,476 milliard ;
  • dépenses d’investissement : 366,4 millions d’euros, en baisse de 16,1 % ;
  • épargne brute : 188,8 millions d’euros, et capacité de désendettement ramenée de 7,4 ans en 2024 à 6,2 ans ;
  • emprunts nouveaux : 111,6 millions d’euros.

Le vote du budget : qui décide et quand

Le Conseil exécutif prépare le budget ; l’Assemblée de Corse le vote. Pour 2026 :

  1. Novembre 2025 : débat d’orientations budgétaires à l’Assemblée.
  2. 16 décembre 2025 : avis du CESEC (37 voix pour, 13 abstentions).
  3. Décembre 2025 : vote du budget primitif. Selon Corse Net Infos, tous les groupes d’opposition ont voté contre.
  4. 25 et 26 juin 2026 : examen des comptes de 2025 par l’Assemblée.

En cours d’année, un budget supplémentaire et des décisions modificatives ajustent les prévisions. Depuis l’exercice 2026, le compte financier unique remplace partout le compte administratif (tenu par l’exécutif) et le compte de gestion (tenu par le comptable public) ; la Collectivité de Corse l’utilise déjà.

Lors du débat de décembre 2025, selon Corse Net Infos : pour l’exécutif et la majorité, le budget maintient l’investissement et le problème principal est le manque de recettes, d’où la demande de nouvelles ressources (part de TVA, taxation de la spéculation immobilière). Pour Core in Fronte (Paul-Félix Benedetti), la gestion est routinière. Pour Un Soffiu Novu (Georges Mela), l’exécutif poursuit des objectifs « sans avoir les moyens » de les financer. Pour le PNC-Avanzemu (Jean-Christophe Angelini), le recours à l’emprunt approche du seuil d’alerte. Josepha Giacometti-Piredda a réclamé des données sur les flux financiers entre l’État et la Corse.

Les observations de la chambre régionale des comptes

La chambre régionale des comptes (CRC) est une juridiction indépendante qui contrôle la gestion des collectivités. Son rapport d’observations définitives sur la Collectivité de Corse, daté du 1er avril 2025, a été présenté à l’Assemblée le 27 juin 2025. Il porte sur la période qui commence en 2019, après la fusion de 2018. Il contient neuf recommandations et cinq rappels au droit.

Selon Corse Net Infos (17 juin 2025), la CRC relève une hausse des charges de gestion de 4,25 % par an en moyenne depuis 2019 et une dette passée de 790 millions à 1,04 milliard d’euros, soit 3 047 euros par habitant. Les rappels au droit portent notamment sur les provisions pour risques, l’inventaire des biens et la qualité des annexes des comptes.

En juin 2025, Gilles Simeoni, alors président du Conseil exécutif, a jugé la Collectivité « bien gérée » et estimé que le rapport confirme un manque structurel de ressources. Lors du débat du 27 juin 2025, pour Un Soffiu Novu (Christelle Combette), la Collectivité est « au bord de la faillite ». Pour Core in Fronte (Paul Quastana), il manque une planification du développement. Josepha Giacometti-Piredda a demandé des indicateurs plus clairs. En juin 2026, l’exécutif a présenté à l’Assemblée un rapport sur les suites données à ces recommandations.

En résumé

  • Le budget primitif 2026 de la Collectivité de Corse s’équilibre à 2,033 milliards d’euros, dont 1,525 milliard de dépenses réelles.
  • Les impôts et taxes fournissent 61 % des recettes de fonctionnement, dont 256,5 millions d’euros de taxes propres à la Corse.
  • Les transports sont le premier poste de dépenses (424 millions d’euros), devant le personnel et le social.
  • La dette atteint 1,169 milliard d’euros au 1er janvier 2026 ; fin 2025, la capacité de désendettement était de 6,2 ans.
  • Le budget est préparé par le Conseil exécutif, voté par l’Assemblée de Corse et contrôlé par la chambre régionale des comptes.

Sources

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