Comprendre la Corse · Gestion
Offices et agences de la Collectivité de Corse
Offices et agences de la Collectivité de Corse : rôle des huit établissements (transports, eau, agriculture…), budgets et avis des juridictions financières.
Lecture par la voix de votre appareil
Pour appliquer ses décisions, la Collectivité de Corse ne travaille pas seule. Elle s’appuie sur huit offices et agences, chacun spécialisé dans un domaine : transports, eau, environnement, agriculture, tourisme, économie, urbanisme et foncier. Ces organismes reçoivent chaque année une grande partie de l’argent de la Collectivité. Ce dossier présente leur rôle, les sommes en jeu et ce qu’en disent la chambre régionale des comptes et la Cour des comptes, les juridictions chargées de contrôler l’argent public.
Qu’est-ce qu’un office ou une agence ?
Un office ou une agence est un établissement public : une structure qui a son propre budget, son propre personnel et son propre conseil d’administration, mais qui dépend d’une collectivité. Ici, ils sont placés sous la tutelle (le contrôle administratif et financier) de la Collectivité de Corse. Ils mettent en œuvre les politiques votées par l’Assemblée de Corse, chacun dans son domaine.
La plupart ont été créés par la loi du 13 mai 1991 portant statut de la Corse. Le fonctionnement de la Collectivité elle-même est expliqué dans le dossier La Collectivité de Corse.
Juridiquement, la plupart sont des EPIC (établissements publics à caractère industriel et commercial), un statut prévu en principe pour des organismes qui vendent des services. Ce point fait débat, comme on le verra plus bas.
Les huit offices et agences et leur rôle
D’après la Collectivité de Corse (page consultée le 12 octobre 2026) :
- Office des transports de la Corse (OTC) : il gère les contrats avec les compagnies maritimes et aériennes chargées du service public et répartit les crédits de la continuité territoriale.
- Office d’équipement hydraulique de Corse (OEHC) : il gère les ressources en eau de l’île (barrages, canaux) et réalise les investissements hydrauliques décidés par l’Assemblée de Corse.
- Office de l’environnement de la Corse (OEC) : il met en œuvre la politique d’environnement et de développement durable, et protège et fait connaître le patrimoine naturel.
- Office du développement agricole et rural de Corse (ODARC) : il soutient le développement de l’agriculture et l’équipement du monde rural.
- Agence du tourisme de la Corse (ATC) : elle met en œuvre la stratégie touristique.
- Agence de développement économique de la Corse (ADEC) : elle accompagne les entreprises et les porteurs de projets.
- Agence d’urbanisme et d’énergie de la Corse (AUE) : elle coordonne l’urbanisme, l’aménagement durable, l’énergie, l’air et le climat, et suit le PADDUC (le plan d’aménagement de l’île).
- Office foncier de la Corse (OFC) : créé par la loi ALUR du 24 mars 2014, il achète des terrains pour permettre la construction de logements, de zones d’activités et d’équipements publics.
Le secteur touristique, suivi par l’ATC, est présenté dans le dossier Le tourisme en Corse.
L’agriculture, domaine de l’ODARC, fait l’objet du dossier Agriculture et AOP.
Combien d’argent reçoivent les offices et agences ?
Les chiffres qui suivent viennent du rapport de la chambre régionale des comptes de Corse délibéré le 1er avril 2025, qui porte sur les années 2019 à 2023.
Les participations de la Collectivité
Une participation est une somme que la Collectivité verse à un organisme pour son fonctionnement. En 2023, la Collectivité a versé 340,30 millions d’euros de participations, dont 290,92 millions (85,5 %) à ses offices et agences.
- L’Office des transports en reçoit la plus grande part : 227 millions d’euros en 2023. Cette somme correspond à la dotation de continuité territoriale versée par l’État, que la Collectivité lui reverse en totalité. Cette dotation est expliquée dans le dossier Les dotations de l’État.
- Les sept autres reçoivent ensemble 63,92 millions d’euros en 2023, en hausse de 12,7 % par rapport à 2019. Rapportées au total versé aux offices et agences, les parts sont de 7 % pour l’OEC, 4 % pour l’ODARC et pour l’ATC, 3 % pour l’OEHC, 2 % pour l’ADEC et pour l’AUE.
- L’Office foncier ne reçoit pas de participation de la Collectivité.
La plupart de ces organismes n’ont pas d’autres ressources importantes. L’OEHC fait exception : il vend de l’eau, et la participation de la Collectivité ne représente que 29,4 % de ses recettes courantes en 2023.
Les aides à l’investissement
Entre 2019 et 2023, la Collectivité a aussi versé des subventions d’équipement (pour financer des projets) par l’intermédiaire de ses offices : 92,3 millions d’euros à l’ODARC pour l’agriculture, 28,76 millions à l’ADEC et 10,58 millions à l’ATC.
Le personnel
En 2023, les offices et agences emploient l’équivalent de 663 postes à temps plein, pour 54,4 millions d’euros de charges de personnel. Trois organismes concentrent 70,2 % de ces dépenses : l’OEHC (15,68 millions), l’OEC (11,94 millions) et l’ODARC (10,57 millions). Selon la chambre, près d’un cinquième des dépenses de personnel de l’ensemble Collectivité-offices est ainsi porté par ces établissements. Le budget global est présenté dans le dossier Le budget de la Collectivité de Corse.
Ce que disent la Cour des comptes et la chambre régionale des comptes
Le rapport de la Cour des comptes de 2020
En février 2020, la Cour des comptes a consacré un chapitre de son rapport public annuel aux offices et agences de Corse. Selon Corse Net Infos, qui en a rendu compte le 25 février 2020, les juridictions financières y jugeaient leur modèle économique « contestable » et proposaient de les réorganiser :
- rattacher à la Collectivité les missions de l’OEC, de l’OTC et de l’AUE ;
- fusionner l’ATC et l’ADEC, et transformer l’ODARC, en établissements publics administratifs (un statut plus proche d’un service public classique) ;
- garder le statut d’EPIC pour l’OEHC et l’Office foncier, qui ont des ressources propres.
Le rapport de la chambre régionale des comptes de 2025
Dans son rapport de 2025, la chambre rappelle ces propositions. Elle note que l’exécutif a choisi de maintenir le statut des offices et de passer avec chacun un contrat d’objectifs et de performance : un document qui fixe des objectifs, des moyens et des indicateurs pour plusieurs années. Elle constate qu’à la date de son contrôle, un seul contrat avait été adopté, celui de l’AUE en avril 2024.
Elle formule plusieurs recommandations, parmi lesquelles :
- élaborer « sans délai » ces contrats avec les offices et agences ;
- prévoir leurs financements sur plusieurs années ;
- mener une revue générale des dépenses de la Collectivité « et de ses agences et offices ».
Les réponses de la Collectivité de Corse
En juin 2025, Gilles Simeoni, alors président du Conseil exécutif, s’est engagé à appliquer les neuf recommandations de la chambre dès 2025, tout en estimant que la Collectivité était « bien gérée », selon Corse Net Infos.
Lors de la session des 25 et 26 juin 2026, la Collectivité a présenté à l’Assemblée de Corse les suites données au rapport :
- le contrat de l’AUE reste le seul adopté ; les autres sont « en cours de structuration ou de finalisation » ;
- une revue des dépenses a été engagée en avril 2025, y compris pour les organismes associés ;
- à partir du budget 2026, les subventions annuelles aux offices et agences ne passent plus par des autorisations d’engagement (des engagements prévus pour plusieurs années), comme le demandait la chambre.
La réorganisation de l’administration de la Collectivité, présentée en juin 2025, prévoit de travailler en synergie avec les agences et offices, selon Gilles Simeoni. Lors de ce débat, l’élu Saveriu Luciani (Avanzemu) appelait à « une réflexion sur les satellites », estimant que les missions évoluent.
L’actualité de chaque office reste liée à celle de son secteur. En mars 2026, par exemple, le Premier ministre indiquait que ses services échangeaient avec l’Office des transports sur le coût des quotas carbone européens pour les liaisons avec l’île. Les questions d’endettement sont traitées dans le dossier La dette publique en Corse.
En résumé
- La Collectivité de Corse s’appuie sur huit offices et agences, des établissements publics placés sous sa tutelle.
- Ils couvrent les transports, l’eau, l’environnement, l’agriculture, le tourisme, l’économie, l’urbanisme et l’énergie, et le foncier.
- En 2023, ils ont reçu 290,92 millions d’euros de participations, dont 227 millions pour l’Office des transports (la dotation de continuité territoriale).
- Ils emploient l’équivalent de 663 postes à temps plein en 2023.
- La Cour des comptes (2020) et la chambre régionale des comptes (2025) ont recommandé une réorganisation et des contrats d’objectifs ; en juin 2026, un seul contrat était adopté.
- La Collectivité indique avoir engagé en 2025 une revue de ses dépenses, offices et agences compris.
Sources
- Collectivité de Corse – Agences et offices de la Collectivité de Corse (page consultée le 12 octobre 2026)
- Chambre régionale des comptes de Corse – Collectivité de Corse, situation financière, exercices 2019 et suivants (rapport d’observations définitives délibéré le 1er avril 2025)
- Collectivité de Corse – Rapport n° 2026/E4/137 prenant acte des suites réservées au rapport de la chambre régionale des comptes (session des 25 et 26 juin 2026)
- Corse Net Infos – La chambre régionale des comptes épingle les agences et offices de Corse (25 février 2020)
- Corse Net Infos – Finances de la Collectivité de Corse : la Cour des comptes tire la sonnette d’alarme, Gilles Simeoni réagit (17 juin 2025)
- Corse Net Infos – La Collectivité de Corse réforme son administration pour la rendre plus performante (27 juin 2025)
- Corse Net Infos – Matignon confirme la revalorisation de la dotation de continuité territoriale pour 2026 (26 mars 2026)
Une erreur, une précision ? Écrivez-nous : nous corrigeons et indiquons la date de mise à jour.