Comprendre la Corse · Économie
Agriculture corse : filières, AOP, IGP et enjeux
Agriculture corse : 2 936 exploitations, élevage, vigne, agrumes, châtaigne, olive, miel, charcuterie, liste des AOP et IGP avec leurs dates, foncier et eau.
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L’agriculture corse est faite surtout de petites exploitations, d’élevage dans la montagne et de cultures sur les plaines du littoral. Elle produit des aliments connus bien au-delà de l’île : vins, clémentines, brocciu, charcuterie, miel, farine de châtaigne. Beaucoup de ces produits sont protégés par une appellation, qui garantit leur origine et leur mode de fabrication. Ce dossier présente les chiffres officiels, les filières, la liste des appellations avec leurs dates, puis les difficultés et les débats actuels.
L’agriculture corse en chiffres
Le dernier recensement agricole, réalisé en 2020 par le ministère de l’Agriculture (Agreste), compte 2 936 exploitations en Corse. Leur nombre a augmenté de 4,5 % depuis 2010, alors qu’il baisse partout ailleurs en France, sauf en Guyane. En 1970, l’île comptait 8 884 exploitations.
Ces exploitations sont dirigées par 3 120 chefs et coexploitants, dont 26 % de femmes. Elles exploitent environ 167 000 hectares de surface agricole, qui est à 90 % faite de prairies et de parcours pour les animaux. Le travail agricole représente 4 500 équivalents temps plein en 2020, contre 4 000 en 2010.
La profession se renouvelle : quatre exploitations sur dix sont dirigées par une personne installée après 2010, contre une sur quatre en France. L’âge moyen des chefs d’exploitation est de 50 ans. En 2020, 79 % des exploitations vendaient au moins une partie de leur production en circuit court et 17 % travaillaient en agriculture biologique.
Pour replacer l’agriculture parmi les autres secteurs, voir le dossier sur l’emploi et le chômage en Corse.
Les principales filières
L’élevage
En 2020, les élevages de bovins (597 exploitations) et d’ovins ou de caprins (504) restent parmi les plus nombreux, mais les bovins ont perdu 85 exploitations en dix ans. Les élevages de porcs sont en plein essor, avec 124 exploitations de plus qu’en 2010. Le lait de brebis et de chèvre sert notamment au brocciu et aux fromages ; le porc sert à la charcuterie.
Selon la DRAAF, la valeur des productions animales stagne depuis 2010. Elle cite des difficultés sanitaires, des problèmes ponctuels d’abattoirs et un manque de fourrage local, aggravé par les sécheresses, qui oblige à en acheter hors de l’île.
La vigne et le vin
La vigne couvre 6 795 hectares en 2020, dont 4 150 en appellation d’origine protégée (AOP) et 2 368 en indication géographique protégée (IGP). Presque toutes les exploitations viticoles (97 %) ont au moins un signe de qualité. Selon la DRAAF, la filière exporte environ 20 % de sa production à l’étranger. Patrimonio a été la première appellation viticole de l’île.
Fruits, châtaigne, olive et miel
Les cultures fruitières couvrent 7 793 hectares en 2020, en hausse de 10 % en dix ans ; plus de la moitié sont des oliviers ou des clémentiniers. Plusieurs fruits ont une IGP, comme la clémentine, le pomelo, le kiwi et la noisette, celle-ci liée au secteur de Cervione.
Selon la DRAAF, la châtaigneraie s’est relevée en début de décennie des attaques d’un insecte, le cynips. L’apiculture traverse en revanche une période difficile : les rendements ont baissé de moitié lors des campagnes récentes. Une nouvelle culture s’est fortement développée : l’immortelle, plante utilisée en parfumerie et en cosmétique.
Les AOP et IGP de Corse et leurs dates
Une AOP garantit que toutes les étapes de fabrication ont lieu dans la zone d’origine, selon un cahier des charges contrôlé. Une IGP exige qu’au moins une étape ait lieu dans cette zone. La liste ci-dessous suit celle de l’INAO (2023). Quand les sources ne s’accordent pas sur une date, nous l’indiquons.
Vins
- AOP Patrimonio : appellation reconnue en 1968, la première de Corse.
- AOP Vin de Corse (ou Corse), avec les mentions Calvi, Coteaux du Cap Corse, Figari, Porto-Vecchio et Sartène : reconnue dans les années 1970 (les sources donnent 1972 ou 1976).
- AOP Ajaccio : appellation propre depuis 1984.
- AOP Muscat du Cap Corse : décret de mars 1993, annulé par le Conseil d’État en 1997, puis nouveau décret en novembre 1997.
- IGP Île de Beauté et IGP Méditerranée.
Produits laitiers, charcuterie et épicerie
- AOP Brocciu : appellation d’origine obtenue en 1983, puis enregistrée au niveau européen par un règlement de 1996.
- AOP Miel de Corse – Mele di Corsica : appellation obtenue en 1998 (décret du 30 janvier 1998).
- AOP Huile d’olive de Corse – Oliu di Corsica : appellation d’origine contrôlée en 2004, AOP européenne en 2011.
- AOP Farine de châtaigne corse – Farina castagnina corsa : décret de novembre 2006, AOP européenne en 2010.
- AOP Jambon sec de Corse – Prisuttu, AOP Coppa de Corse – Coppa di Corsica, AOP Lonzo de Corse – Lonzu : protégés depuis avril 2012, selon la Collectivité de Corse.
- IGP Bulagna, Figatelli, Pancetta et Saucisson sec de l’Île de Beauté : enregistrées par la Commission européenne le 26 juillet 2023. En 2022, la production de figatelli était estimée entre 500 et 700 tonnes (INAO).
Fruits
- IGP Clémentine de Corse : enregistrée en 2007.
- IGP Noisette de Cervione – Nuciola di Cervioni : enregistrée en avril 2014.
- IGP Pomelo de Corse : enregistrée en octobre 2014.
- IGP Kiwi de Corse : enregistrée en mars 2020.
En 2020, 44 % des exploitations corses produisaient sous au moins un signe officiel de qualité ou d’origine (AOP, IGP ou bio), selon le recensement agricole. Leur nombre a doublé en dix ans.
Aides, foncier et eau : les grands enjeux
Les aides
Les agriculteurs corses reçoivent, comme ailleurs, des aides de la politique agricole commune (PAC) européenne. La Collectivité de Corse intervient aussi, par son Office du développement agricole et rural (ODARC), qui instruit notamment la dotation jeune agriculteur (DJA), aide à l’installation des moins de 40 ans. Le rôle de la Collectivité est présenté dans le dossier sur la Collectivité de Corse.
Le foncier
Trouver des terres reste difficile, notamment à cause des terrains sans titre de propriété et de l’indivision, selon la Collectivité de Corse. Le PADDUC, plan d’aménagement de l’île, protège des « espaces stratégiques agricoles ». Leur carte a été contestée en justice. Une deuxième carte, votée par l’Assemblée de Corse le 5 novembre 2020, a été annulée par le tribunal administratif de Bastia le 29 avril 2022, puis rétablie par la cour administrative d’appel de Marseille le 3 juillet 2023, sauf pour quelques terrains. Le 30 mai 2024, le Conseil d’État n’a pas admis les pourvois contre cet arrêt : la carte est donc définitive, selon la Collectivité de Corse et la presse. En juillet 2024, Dominique Livrelli, alors président de l’ODARC, estimait devant l’Assemblée de Corse que plus de 5 000 hectares de ces espaces étaient menacés à court terme par des autorisations d’urbanisme, et annonçait un inventaire des friches agricoles à remettre en culture.
L’eau
En 2020, près de 21 000 hectares étaient équipés pour l’irrigation, reliés presque tous à un réseau collectif. Les clémentiniers, les kiwis et les légumes sont presque entièrement irrigués ; les oliviers beaucoup moins. Selon la DRAAF, le projet Acqua Nostra 2050 de l’Office d’équipement hydraulique de la Corse prévoit de doubler les surfaces irriguées d’ici 2050. Les sécheresses récentes ont rendu ce sujet central.
Les positions des acteurs
En janvier 2026, la FDSEA et les Jeunes agriculteurs (JA) ont manifesté à Bastia. Pour Joseph Colombani, président de la FDSEA de Haute-Corse, la Corse a besoin d’un régime spécifique dans la future PAC, sur le modèle des aides prévues en Europe pour l’éloignement et l’insularité : « Si on reste dans le cadre de la PAC, on n’y arrivera pas. » Les syndicats demandaient aussi le déblocage d’aides suspendues pour une dizaine de dossiers.
En septembre 2026, après un été sec, cinq syndicats (JA, Via Campagnola, Mossa Paisana, Coordination rurale, FDSEA), la Chambre d’agriculture, la SAFER et la MSA se sont mobilisés. Ils jugeaient très insuffisante l’enveloppe du plan national CASI réservée à la Corse, de 1,3 million d’euros. Le 24 septembre, l’État, par les préfets, a annoncé que cette somme serait réexaminée et rappelé que 45 millions d’euros avaient été consacrés aux projets d’eau entre 2022 et 2025.
Les avis ont ensuite divergé sur la suite à donner. Pour la Chambre d’agriculture, présidée par Jean-Baptiste Arena, il fallait lever les blocages et participer à la réunion prévue au ministère le 30 septembre, sans renoncer aux revendications ; elle appelait aussi à accélérer les projets d’eau. Selon la Chambre, Via Campagnola, Mossa Paisana, l’ODARC, la SAFER et la MSA partageaient cette position. La FDSEA, les JA et la Coordination rurale ont au contraire refusé ce rendez-vous, faute de garantie sur la présence de la ministre, et ont poursuivi leurs actions. À la date de mise à jour, nous n’avons pas trouvé de compte rendu officiel de cette réunion.
En juillet 2024, Dominique Livrelli reliait aussi la protection des terres agricoles au processus d’autonomie défendu par la majorité territoriale, un débat présenté dans le dossier autonomie de la Corse.
En résumé
- La Corse comptait 2 936 exploitations agricoles en 2020, un nombre en hausse depuis 2010, à l’inverse de la tendance nationale.
- L’élevage occupe la plus grande partie des terres ; la vigne, les fruits et la charcuterie sont les productions les plus connues.
- L’île compte des AOP (vins, brocciu, miel, huile d’olive, farine de châtaigne, trois charcuteries) et des IGP (vins, clémentine, noisette, pomelo, kiwi, quatre charcuteries).
- Les dernières reconnaissances datent du 26 juillet 2023, avec quatre charcuteries de l’Île de Beauté en IGP.
- Le foncier, l’eau et les sécheresses sont les principaux enjeux ; les aides de la PAC font l’objet de demandes d’adaptation.
- En 2026, syndicats, Chambre d’agriculture et État ont discuté des aides à la sécheresse, avec des avis différents sur la manière d’agir.
Sources
- DRAAF de Corse (Agreste) – L’agriculture corse en 2020, résultats du recensement agricole (2 février 2023)
- INAO – Communiqué : quatre produits de charcuterie reconnus en IGP, et liste des produits corses sous signe de qualité (27 juillet 2023)
- DREAL de Corse – Les signes d’identification de la qualité et de l’origine (SIQO) en Corse, d’après l’INAO (15 février 2022)
- EUR-Lex – Règlement d’exécution (UE) 2015/195 (modification du cahier des charges de l’AOP Brocciu, enregistrée par le règlement (CE) n° 1107/96)
- INRAE (HAL) – Guerrini P., Prost J.-A., étude sur le brocciu et son appellation d’origine (1999)
- EUR-Lex – Règlement d’exécution (UE) n° 434/2014 du 11 avril 2014 (enregistrement de l’IGP Noisette de Cervione – Nuciola di Cervioni)
- Ministère de l’Agriculture – Cahier des charges de l’IGP Pomelo de Corse (règlement (UE) n° 1051/2014 du 2 octobre 2014)
- Réussir Fruits et Légumes – Le kiwi de Corse a son IGP (enregistrement européen du 31 mars 2020)
- Wikipédia – Clémentine de Corse, Farine de châtaigne corse, Huile d’olive de Corse, Muscat du cap Corse (dates des appellations, pages consultées le 12 octobre 2026)
- DRAAF de Corse – Guide régional d’installation et de transmission en agriculture
- Assemblée nationale – Question écrite et réponse sur le miel de Corse (décret du 30 janvier 1998)
- Collectivité de Corse – Délibération sur la charcuterie corse sous AOP depuis avril 2012
- Assemblée de Corse – Réponse de Dominique Livrelli, président de l’ODARC, à la question orale sur la CTPENAF (25-26 juillet 2024)
- Corse Net Infos – PADDUC : la cartographie des espaces stratégiques agricoles définitivement validée (31 mai 2024)
- Corse Net Infos – Bastia : la FDSEA et les JA obtiennent un rendez-vous avec le cabinet de la ministre de l’Agriculture (22 janvier 2026)
- Corse Net Infos – Après la colère des agriculteurs, l’État promet une revoyure des aides du plan CASI (24 septembre 2026)
- Corse Net Infos – Chambre d’agriculture de la Corse : « Mubilisazione agricula, à chì ne simu ? » (26 septembre 2026)
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