Comprendre la Corse · Économie
Le BTP en Corse : emplois, logement et chantiers
BTP en Corse : poids du bâtiment et des travaux publics, emplois, permis de construire, résidences secondaires, carrières, PADDUC et positions de chacun.
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Le bâtiment et les travaux publics, qu’on appelle le BTP, construisent les logements, les routes, les ports et les bâtiments publics. En Corse, ce secteur pèse plus lourd que dans les autres régions françaises. Depuis 2023, il traverse une période difficile : moins de permis de construire, moins de chantiers et moins d’emplois. Ce dossier présente les chiffres officiels, le rôle de la commande publique, la question du logement et des carrières, ainsi que les règles d’urbanisme et les positions des différents acteurs.
Le poids du BTP dans l’économie corse
La dernière grande étude de l’Insee consacrée au BTP corse date de décembre 2016. Elle indique qu’en 2015 le secteur comptait 6 200 établissements. Il produisait 10 % de la valeur ajoutée régionale, c’est-à-dire de la richesse créée sur l’île. Il employait 10 600 salariés, soit 17 % des salariés de Corse. Selon l’Insee, la Corse était alors la première région de France pour le poids du bâtiment dans son économie.
La même étude décrit un secteur fait surtout de petites entreprises : sept établissements sur dix n’avaient pas de salarié. Le gros œuvre, en particulier la maçonnerie, y tenait une place plus grande qu’ailleurs. En 2013, 37 % des salariés des entreprises du BTP insulaire étaient de nationalité étrangère, contre 8 % en moyenne nationale, dont un sur deux originaire du Portugal. Le secteur comptait aussi environ 4 000 non-salariés, artisans et chefs d’entreprise.
Un recul de l’emploi depuis 2023
Les chiffres plus récents montrent un net ralentissement. Selon l’Insee (avril 2026), la construction représente 9 % de l’emploi salarié régional. Le nombre de postes a baissé de 4,5 % en 2024, puis de 5 % en 2025. Sur la même année 2025, la baisse est de 1,2 % en France hors Mayotte. Les défaillances d’entreprises de la construction ont progressé de 3,8 % en 2025 ; elles représentent 29 % des défaillances de l’île. Pour comparer avec les autres secteurs, voir notre dossier sur l’emploi et le chômage en Corse.
La commande publique : routes, équipements, bâtiments
Les chantiers publics font vivre une grande partie des entreprises. Selon l’Insee, les dépenses de travaux des collectivités locales corses (avec les participations de l’État et de l’Europe) atteignaient 344 millions d’euros en 2014, dont 60 % pour les travaux publics. Rapportées au nombre d’habitants, elles étaient les plus élevées de France : 1 077 euros par habitant.
Deux grands programmes de l’État ont financé ces investissements. Le programme exceptionnel d’investissements (PEI) a été créé par la loi du 22 janvier 2002 relative à la Corse (loi n° 2002-92). Une convention-cadre signée le 22 avril 2002 entre l’État et la collectivité l’a organisé. Son montant initial était d’un peu moins de 2 milliards d’euros, selon le Sénat. Sa programmation est close depuis la fin de 2020, selon la Cour des comptes. Ses dernières opérations ont été engagées en 2022 et les paiements se poursuivent jusqu’en 2026, selon le Sénat. Dans son rapport de novembre 2023, le rapporteur spécial du Sénat s’interroge sur les « spécificités » qui justifient une ligne budgétaire propre à la Corse.
Le plan de transformation et d’investissement pour la Corse (PTIC) a pris le relais. Le 5 novembre 2025, à l’Assemblée nationale, la ministre Françoise Gatel a rappelé un engagement de l’État de 500 millions d’euros jusqu’en 2027, dont environ la moitié (250 millions) déjà contractualisée. Pour le député Xavier Lacombe (Corse-du-Sud), cette moitié non mobilisée traduit un retard de déploiement.
L’autre grand donneur d’ordres est la Collectivité de Corse, qui gère notamment les routes et de grands équipements. Ses budgets sont expliqués dans la rubrique « Gestion ».
Logement : permis, chantiers et résidences secondaires
La construction de logements neufs est le premier moteur du bâtiment. Elle se mesure par deux chiffres : les logements autorisés (permis accordés) et les logements commencés (chantiers ouverts).
Selon l’Insee (avril 2026), 3 700 logements ont été autorisés en Corse en 2025, soit 3,6 % de moins qu’en 2024. Les autorisations augmentent en Corse-du-Sud (+41,1 %) mais baissent en Haute-Corse (−29,7 %). Le nombre de logements commencés tombe à 1 700, soit 20,1 % de moins qu’en 2024. La DREAL de Corse, à partir des mêmes données (Sit@del), donne des estimations un peu différentes : environ 3 800 logements autorisés et 1 900 commencés sur l’année 2025. Ces chiffres sont des estimations révisées au fil des mois, ce qui explique les écarts. Selon la DREAL, les autorisations ont progressé de 16,6 % en France métropolitaine sur la même période.
Une île de résidences secondaires
La Corse compte beaucoup de résidences secondaires. Au recensement de 2022, l’Insee dénombre 265 480 logements sur l’île. 36,8 % sont des résidences secondaires ou des logements occasionnels, contre 9,8 % en France métropolitaine. La part atteint 38,4 % en Corse-du-Sud et 35,3 % en Haute-Corse. Ce poids est lié au tourisme en Corse.
La demande de résidences secondaires s’ajoute à celle des habitants permanents. Les conséquences sur le budget des ménages sont traitées dans notre dossier sur les prix et le coût de la vie.
Carrières et matériaux de construction
Le béton, les routes et les remblais ont besoin de granulats : sables, graviers et roches concassées. Ils sont extraits dans des carrières, soumises à autorisation du préfet. Les carrières dites « alluvionnaires » exploitent les dépôts des rivières.
En Corse, une partie des roches peut contenir naturellement de l’amiante. Une instruction ministérielle du 3 août 2026 demande d’en rechercher la présence dans 226 carrières alluvionnaires en France. Quatre sont situées en Haute-Corse, dans les bassins du Golo, du Tavignano ou du Fium’Orbu, et figurent parmi les sites à traiter en priorité. Les exploitants doivent faire réaliser une expertise géologique dans un délai d’un an.
Les projets de carrières suscitent parfois des oppositions locales. En novembre 2020, l’Assemblée de Corse a adopté une motion contre un projet de carrière de granit sur les communes de Fozzano et Loreto-di-Tallano. Les opposants citaient les poussières, le bruit, le passage des camions et les risques pour les cours d’eau. Lors du même débat, le président du Conseil exécutif évoquait aussi le risque d’une pénurie de matériaux, qui obligerait à les importer et ferait monter les coûts.
Les règles d’urbanisme : loi Littoral et PADDUC
Deux textes encadrent fortement la construction. La loi Littoral, loi nationale de 1986, limite les constructions près de la mer : en principe, une nouvelle urbanisation doit se faire en continuité des villes et villages existants. Le PADDUC, plan d’aménagement et de développement durable de la Corse, a été approuvé par l’Assemblée de Corse le 2 octobre 2015. Il précise l’application de la loi Littoral sur l’île et fixe les grandes orientations d’aménagement. Ce document propre à l’île découle du statut particulier de la Corse.
Le PADDUC a connu plusieurs contentieux. En 2018, le tribunal administratif de Bastia a annulé la première carte des espaces stratégiques agricoles pour un vice de procédure. Une nouvelle carte a été votée le 5 novembre 2020. Le même tribunal l’a annulée le 29 avril 2022. La cour administrative d’appel de Marseille l’a rétablie le 3 juillet 2023, sauf pour quelques terrains. Le 30 mai 2024, le Conseil d’État n’a pas admis les pourvois contre cet arrêt : cette carte est désormais définitive. La cour administrative d’appel de Marseille a en revanche rejeté les demandes d’annulation totale du plan.
Le PADDUC est en cours de révision. Le 30 juillet 2026, le Conseil exécutif a présenté à l’Assemblée une « trajectoire de sobriété foncière » : réduire d’environ deux tiers la consommation de terrains d’ici 2035, dans le cadre de l’objectif national « zéro artificialisation nette » en 2050. Il n’y a pas eu de vote : l’Assemblée a pris acte du rapport. Le vote est annoncé pour mars 2027.
Les positions des acteurs
Les professionnels. Le 14 janvier 2026, huit organisations ont créé le collectif « Bâtir Ensemble » : les fédérations du BTP et les CAPEB des deux départements, l’Union des architectes de Corse, la Fédération des distributeurs de matériaux de construction, l’UNICEM et l’AR HLM. Elles décrivent une crise « profonde, durable et multiforme ». Elles citent la chute de la production de logements, le coût des matériaux et de l’énergie, la rareté du foncier, l’empilement des normes, la longueur des délais d’instruction et les « recours à répétition ». Elles demandent de simplifier les procédures et de sécuriser juridiquement les projets.
La Collectivité de Corse et l’État. Après une rencontre avec ce collectif, ils ont annoncé le 29 janvier 2026 un guide de bonnes pratiques sur la loi Littoral et la loi Montagne, l’entrée de représentants du BTP dans un organe de concertation sur la révision du PADDUC, et un soutien prioritaire aux logements permanents et à la réhabilitation.
Les associations de défense de l’environnement. L’association U Levante défend l’application de la loi Littoral et s’inquiète de sa remise en cause. Elle saisit régulièrement le tribunal administratif de Bastia contre des permis de construire ou des documents d’urbanisme qu’elle juge contraires à cette loi ou au PADDUC.
Les groupes de l’Assemblée de Corse, lors du débat du 30 juillet 2026 sur la sobriété foncière. Pour la majorité territoriale, le conseiller exécutif Julien Paolini défend la trajectoire de rupture proposée par l’Exécutif, répartie commune par commune : « Pas de tutelle, mais une aide à la décision ». Pour Un Soffiu Novu, Angèle Chiappini craint que la Collectivité devienne « une autorité de tutelle » des communes, et Cathy Cognetti estime qu’une règle uniforme pénaliserait certains territoires. Pour Avanzemu, Jean-Christophe Angelini s’oppose à une répartition par commune qui priverait les maires de leur pouvoir de décision. Pour Core in Fronte, Paul-Félix Benedetti réclame une rupture nette avec ce qu’il appelle une « logique de prédation ».
En résumé
- Le BTP pèse plus lourd en Corse qu’ailleurs : 17 % des salariés en 2015 selon l’Insee, 9 % de l’emploi salarié aujourd’hui.
- L’emploi salarié de la construction a reculé de 4,5 % en 2024 puis de 5 % en 2025.
- En 2025, environ 3 700 logements ont été autorisés et 1 700 commencés, en baisse sur un an selon l’Insee.
- Plus d’un logement sur trois est une résidence secondaire (36,8 % en 2022).
- La loi Littoral et le PADDUC encadrent la construction ; la révision du PADDUC doit être votée en 2027.
- Professionnels, associations et groupes politiques défendent des positions différentes sur le foncier, les normes et les recours.
Sources
- Insee – Le BTP en Corse, Insee Dossier Corse n° 6, synthèse (13 décembre 2016)
- Insee – Ralentissement de l’activité économique en Corse, Insee Conjoncture Corse n° 59 (9 avril 2026)
- DREAL de Corse – La construction neuve de logements à fin décembre 2025 (février 2026)
- Insee – Logements selon la catégorie en 2022, comparaisons régionales et départementales (26 juin 2025)
- Sénat – Projet de loi de finances pour 2024, Cohésion des territoires, crédits du plan d’investissement pour la Corse (23 novembre 2023)
- Cour des comptes – Les enseignements du programme exceptionnel d’investissements en faveur de la Corse (8 juin 2023)
- Corse Net Infos – Xavier Lacombe interpelle le gouvernement sur le retard de déploiement du PTIC (5 novembre 2025)
- Ministère de la Transition écologique – Instruction du 3 août 2026 sur les carrières alluvionnaires pouvant contenir de l’amiante (Bulletin officiel)
- Corse Net Infos – Carrière de l’Alta Rocca : l’Assemblée de Corse se prononce contre le projet (27 novembre 2020)
- Tribunal administratif de Bastia – Arrêts et jugements relatifs à la carte des espaces stratégiques agricoles du PADDUC
- Corse Net Infos – PADDUC : la cartographie des espaces stratégiques agricoles définitivement validée (31 mai 2024)
- Collectivité de Corse – Réponse à la question orale sur la CTPENAF, Assemblée de Corse (25 et 26 juillet 2024)
- Corse Net Infos – Crise du BTP : les professionnels corses s’unissent au sein de Bâtir Ensemble (14 janvier 2026)
- Collectivité de Corse et préfet de Corse – Communiqué commun après la rencontre avec le collectif « Bâtir ensemble » (29 janvier 2026)
- Corse Net Infos – Assemblée de Corse : débat vif sur la nouvelle trajectoire de sobriété foncière (31 juillet 2026)
- U Levante – Site de l’association (actualités sur l’aménagement et la loi Littoral)
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