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Comprendre la Corse · Économie

Le tourisme en Corse : chiffres, saison et débats

Tourisme en Corse : poids dans l’économie, 8,4 millions de passagers, nuitées, hôtels, campings, locations meublées, emplois saisonniers et débats en cours.

Par la rédaction de Média Cyrnea · Mis à jour le

Le tourisme est l’un des piliers de l’économie corse. Chaque été, la population présente sur l’île augmente fortement, ce qui fait vivre hôtels, campings, restaurants et commerces. Mais cette activité est très concentrée sur quelques semaines et sur le littoral. Ce dossier présente les chiffres officiels les plus récents, la façon dont les visiteurs arrivent et se logent, les emplois concernés, puis les débats qui partagent élus et professionnels.

Le poids du tourisme dans l’économie corse

L’Insee mesure le poids du tourisme par la « consommation touristique », c’est-à-dire tout ce que dépensent les visiteurs sur l’île. En 2017, elle atteignait 39 % du produit intérieur brut (PIB) de la Corse, une part cinq fois plus élevée qu’en moyenne en France (8 %).

Ce chiffre ne veut pas dire que 39 % des Corses travaillent dans le tourisme. Il mesure des dépenses, pas des emplois. L’Insee rappelle aussi que la comparaison doit tenir compte du littoral : 89 % des bassins de vie corses sont bordés par la mer, contre 44 % en Bretagne, deuxième région sur ce point.

Pour situer le tourisme parmi les autres secteurs, on peut lire le dossier sur l’emploi et le chômage en Corse.

Fréquentation : arrivées par la mer et par les airs

8,4 millions de passagers en 2024

En 2024, les ports et aéroports de Corse ont accueilli 8,4 millions de passagers (arrivées et départs comptés ensemble), soit 2 % de plus qu’en 2023, selon l’Observatoire régional des transports de la Corse repris par l’Insee. Ce total comprend aussi les habitants qui voyagent : il ne s’agit pas du nombre de touristes.

L’avion représente 53 % des passagers sur l’année, avec 4,4 millions de voyageurs. Ajaccio reste le premier aéroport (1,6 million), devant Bastia (1,5 million), Figari (877 000) et Calvi (398 000).

Les bateaux transportent 4,0 millions de passagers sur les lignes régulières. Le port de Bastia en accueille plus de la moitié (2,1 millions). Les liaisons avec l’Italie représentent 1,5 million de passagers en 2024. En août, 58 % des voyageurs passent par un port. La continuité territoriale, qui finance une partie de ces liaisons, est expliquée dans le dossier transports et continuité territoriale.

Les croisiéristes forment un flux à part : 386 000 en 2024, en baisse de 15 % sur un an. Neuf croisières sur dix font escale à Ajaccio.

Une saison très concentrée

Le 13 août 2024, la Corse comptait 370 900 personnes de plus que sa population résidente, selon le calcul de l’Insee à partir des arrivées et des départs. Entre le 30 juillet et le 22 août, ce surplus dépassait 300 000 personnes chaque jour. En janvier, au contraire, le solde est proche de zéro.

La part des voyageurs venus de l’étranger varie aussi fortement : 33 % en août, contre 7 % en janvier (Insee, 2024). Sur les lignes aériennes internationales, la Suisse, la Belgique et l’Allemagne sont les pays les plus représentés.

Hôtels, campings et locations meublées

L’hébergement marchand

L’Insee compte les nuitées (une personne pour une nuit) dans les hôtels, les campings et les « autres hébergements collectifs de tourisme » (résidences de tourisme, villages de vacances…). En 2024, il en a recensé 10,8 millions en Corse, en hausse de 6,7 % après une année 2023 en recul :

  • campings : 4,3 millions de nuitées (+ 10,4 %) ;
  • hôtels : 3,3 millions (+ 10,7 %) ;
  • autres hébergements collectifs : 3,1 millions (− 1,4 %).

Les nuitées de la clientèle venue de l’étranger ont progressé de 13,7 % en 2024, la plus forte hausse de France métropolitaine. Pour la saison d’avril à septembre 2025, l’Insee compte 10,1 millions de nuitées (+ 1,4 %), dont 44 % en camping.

Locations de courte durée et résidences secondaires

Une grande partie des visiteurs dort hors de l’hébergement marchand, chez des proches, dans une résidence secondaire ou dans un meublé loué sur une plateforme. Selon l’Insee, en 2023, la Corse comptait 99 189 résidences secondaires et logements occasionnels, soit 36,7 % des logements (recensement de la population). Dans la statistique publique, les meublés loués aux touristes sont classés parmi les résidences secondaires.

Devant l’Assemblée de Corse, fin 2024, Angèle Bastiani, alors présidente de l’Agence du tourisme de la Corse (ATC), a indiqué qu’un pic de 30 000 logements proposés en location de courte durée avait été observé en août 2024, soit 11,5 % des logements de l’île. Elle a cité un chiffre d’affaires de ces locations passé de 290 millions d’euros en 2022 à plus de 375 millions en 2024. Ces chiffres proviennent d’outils d’observation des plateformes utilisés par l’ATC.

Les emplois liés au tourisme

En 2018, 14 500 emplois étaient directement liés à la présence de touristes en Corse, soit 12 % de l’emploi total en moyenne sur l’année, contre 4 % en France métropolitaine (Insee, étude publiée en 2022 avec l’ATC). Un sur cinq était un emploi non salarié.

La saison change tout : ces emplois passent de 6 500 en janvier à 26 700 en août, soit 4,1 fois plus. Aucune autre région n’a un écart aussi grand (1,7 en moyenne nationale). L’hébergement (39 %) et la restauration (32 %) concentrent sept emplois touristiques sur dix.

Le poids du tourisme varie selon les territoires. Dans les bassins de vie de Porto-Vecchio, de Calvi, de Propriano et de Grosseto-Prugna, environ un emploi sur quatre est lié au tourisme. Dans ceux d’Ajaccio et de Bastia, la part est de 6,5 %, car l’économie y est plus diversifiée.

Entre 2009 et 2018, l’emploi touristique a augmenté de 43 % en Corse. Les emplois des mois de mai, juin, septembre et octobre ont doublé, ce qui traduit un allongement de la saison.

Les débats : surfréquentation, logement, environnement

La fréquentation des sites naturels

Depuis l’été 2022, la Collectivité de Corse, par l’Office de l’environnement, encadre la fréquentation de sites très visités : les îles Lavezzi (au large de Bonifacio), Bavella, la Restonica et Scandola. Pour les Lavezzi, un plafond de 2 000 personnes présentes en même temps sur la partie terrestre a été fixé.

Lors du débat à l’Assemblée de Corse de mai 2023, les positions étaient diverses. Pour Guy Armanet, président de l’Office de l’environnement, il faut aller plus loin, avec un « tarif résident », ce qui demande selon lui plus de compétences pour la Corse. Pour Jean-Michel Savelli (droite), les baisses de fréquentation restent marginales et des quotas pourraient nuire à l’attractivité ; il proposait plutôt des accès payants. Pour Jean-Christophe Angelini (PNC-Avanzemu), il faut limiter sans arrêter le tourisme, ce qui serait économiquement dangereux. Pour Josepha Giacometti-Piredda (alors Corsica Libera), ces mesures sont cosmétiques et il faut de vraies interdictions d’accès à certaines périodes. Pour Paul-Félix Benedetti (Core in Fronte), d’autres sites ont été oubliés.

Locations meublées et logement des habitants

La loi du 19 novembre 2024 sur les meublés de tourisme, adoptée par le Parlement le 7 novembre 2024, donne de nouveaux outils aux maires : déclaration obligatoire avec numéro d’enregistrement, possibilité de limiter la location d’une résidence principale à 90 jours par an, secteurs réservés aux résidences principales dans les plans locaux d’urbanisme. Le lien entre logement et prix est développé dans le dossier sur les prix et le coût de la vie.

Pour Angèle Bastiani (ATC, fin 2024), il ne faut pas stigmatiser les familles qui louent quelques semaines par an, mais freiner les investisseurs qui achètent plusieurs logements pour la location saisonnière. Pour Julien Paolini, président de l’Agence d’urbanisme (AUE), le PADDUC n’a pas suffi à freiner la spéculation et une révision doit intégrer les nouveaux outils ; il plaide pour une autonomie législative, un sujet présenté dans le dossier autonomie de la Corse. Pour Karina Goffi, présidente de l’UMIH Corsica (hôteliers et restaurateurs), la location « à grande échelle » est une concurrence déloyale, car elle échappe à des obligations que respectent les professionnels (août 2024). Pour Jean-Christophe Angelini, maire de Porto-Vecchio, il faut viser un rééquilibrage « à 50-50 » entre résidences principales et secondaires (décembre 2023).

Étaler la saison

Pour l’ATC, la priorité est d’étaler la fréquentation : Angèle Bastiani expliquait en avril 2024 que la même fréquentation pèse davantage sur deux mois que sur huit. L’agence a cessé de faire la promotion de juillet et d’août, un choix qui a été critiqué, et vise l’arrière-saison et le tourisme d’affaires.

En résumé

  • En 2017, les dépenses des visiteurs représentaient 39 % du PIB de la Corse, cinq fois plus qu’en moyenne en France (Insee).
  • En 2024, 8,4 millions de passagers sont passés par les ports et aéroports corses, avec un pic de 370 900 personnes en plus le 13 août.
  • L’hébergement marchand a compté 10,8 millions de nuitées en 2024, d’abord en camping, puis à l’hôtel.
  • Le tourisme représentait 14 500 emplois en moyenne en 2018, et 26 700 au plus fort de l’été.
  • 36,7 % des logements de l’île sont des résidences secondaires ou occasionnelles (Insee, 2023).
  • Quotas sur les sites naturels, régulation des meublés et étalement de la saison sont débattus, avec des positions différentes selon les élus et les professionnels.

Sources

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